LA BONNE SOUFFRANCE
l'amour du prochain, et il a été charitable. Nous savons qu'il a dépensé non seulement l'or de sa pensée pour notre joie intellectuelle, mais aussi l'or de sa bourse à soulager les misères d'autrui. C'était donc se mettre en complet accord avec sa conduite habituelle, que d'accomplir cet acte solennel : l'aveu suivi du pardon, et scellé par la communion... Et c'est, en outre, un besoin sentimental impérieux qui fait que Coppée a demandé à la religion de son berceau, et non à une formule philosophique vague et décevante, la paix de son cœur. C'est — on s'en convainc en lisant Souvenir filial — à la voix du passé qu'a répondu sa prière. Il nous avait dit les vertus de son père, la beauté morale de cette mère admirable, sa bonne fée, dont la vigilance brilla sur son enfance comme une étoile. C'est pour la retrouver, dans le sein de Dieu, qu'il s'est agenouillé de nouveau sur la marche de pierre, devant l'autel catholique.
« Jamais je n'ai si souvent évoqué la mémoire de ma mère que pendant cette maladie
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et cette longue convalescence qui m'ont inspiré de si graves méditations. C'est en balbutiant, après tant d'années, les prières que ma mère m'apprit dans mon enfance, que mon âme a tenté de s'élever vers Dieu. C'est dans l'espérance de revoir ma mère que je veux croire à la vie éternelle. Oh! comme je pensais a ma mère, le jour où, pour mériter cette récompense de la retrouver au ciel, je me suis promis que le temps qui me reste à vivre serait rempli par des rêves plus purs et par des actions meilleures !
« Jésus, qui a fait triompher sa mère, auprès de lui, dans son divin royaume, bénira la prière d'un fils et d'un chrétien. »
Et cette religion, qui satisfaisait son cœur, le mettait d'accord avec son œuvre tout imprégnée d'esprit chrétien, était la seule que Coppée dût aimer et exalter : « Quand, par hasard, j'entrais dans une église, le respect m'attendait sur le seuil et m'accompagnait devant l'autel. Toujours les cérémonies du culte m'émurent par leur vénérable caractère d'antiquité, leur
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pompe harmonieuse, leur solennelle et pénétrante poésie... »
Elle parla toujours, en effet, à son imagination; c'est la vraie religion du Poète, c'est la seule religion du Français : celle de nos pères, celle de Jeanne d'Arc, « qui porta avec tant de vaillance et planta si haut sa bannière libératrice ». Coppée était appelé à revenir au catholicisme, qu'il suivît la route de sa pensée ou qu'il prît la voie de son cœur; et s'il n'eût été nécessaire, pour le ramener au seuil de l'église, que d'un instinct, celui de sa race y aurait suffi. La sienne, — la nôtre, la race française, — est profondément catholique :
Le Français tient à son clocher !
a écrit naguère Coppée. Le Français ne reconnaîtra jamais qu'une église, celle où l'on s'humilie avec les humbles, où la plus parfaite fraternité règne en Jésus -Christ, où la charité est enseignée par l'exemple d'un saint Vincent de Paul, où enfin l'on apprend à aimer et à
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servir sa patrie, comme le fit la Pucelle, avec un désintéressement héroïque.
Ce livre est beau et réconfortant, pour les âmes dégoûtées du grossier matérialisme qui envahit et empoisonne la société d'aujourd'hui; et il fait grand honneur au courageux écrivain qui le signa. Coppée s'y manifeste un apôtre. Sa comparaison du fleuve, qui, à sa source, était si pur, puis qui reçut tant de souillures dans son cours, pour aller enfin se perdre et se purifier dans le sel de l'Océan immense, est une des images les plus nobles et les plus saisissantes de la littérature française. « Comme le fleuve roule et cache, dans les fanges de son lit, des immondices et des cadavres, l'âme — même chez les moins coupables — et pleine de honteux secrets... Pauvre âme, flétrie par l'existence et profondément troublée au seuil du grand mystère, tu oses rêver, toi aussi, d'innocence immortelle! C'est pourquoi tu songes aujourd'hui à tous ces vieux clochers d'églises et de cathédrales que le fleuve a réfléchis dans ses ondes et que tu as si souvent rencontrés sur