‹ Un poète françaisChapitre 3 sur 22 · M 100 KA1M1IK · texte numérisé non relu

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Le poète, dans la préface, a eu soin d'ailleurs de nous dire ce qu'est le livre. « Tout en nous occupant de la composition de divers ouvrages assez importants, nous avions l'habitude, à nos heures de fatigue, d'ouvrir un mince cahier rouge qui traîne toujours sur notre table, et de nous délasser en y écrivant quelques poésies fugitives, à peu près comme un enfant illustre de pierrots pendus les marges de sa grammaire... C'étaient parfois des strophes qu'on nous faisait l'honneur de nous demander, en faveur des œuvres patriotiques fondées à la suite des récents malheurs de la France ; mais, plus souvent, c'étaient de simples fantaisies, des notes rapides, des croquis jetés, ou bien encore une plainte que nous arrachait notre mal ordinaire, le spleen... »

Ces sources de son inspiration, lyrique et pittoresque à la fois, se mêleront dans Olivier, large et limpide poème aux berges fleuries, qui va, d'une marche mélodieuse, jusqu'à son dénouement mélancolique, comme un fleuve jus-

qu'aux tristes dunes de la mer : regrets d'innocence et de pureté, dont cette œuvre (1874) est l'expression extériorisée et magnifiée.

Faudra-t-il que toujours, ô voluptés menteuses

Où n'était pas mon cœur, Je sente remonter à mes lèvres honteuses

Votre ancienne rancœur?...

Un nouveau deuil, le plus cruel de sa vie, frappa François Coppée. Il perdit sa mère le 2 septembre 187^, et cette rude épreuve laissa le cœur du poète vide à jamais de l'essentielle tendresse.

« J'ai été le témoin de cette simple et noble vie, a-t-il écrit, et c'est, j'en suis sûr, parce que j'ai grandi auprès de cette admirable femme, qui avait toutes les forces et toutes les délicatesses, que la fleur de la sensibilité s'est épanouie dans mon cœur et dans mon imagination, et que je suis devenu un poète. »

Mais il trouvera un adoucissement à son

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chagrin dans son culte ardent pour la poésie. Il mène à bien diverses œuvres importantes, qui lui valent, en 1876, la croix de la Légion d'honneur. De nouveaux succès au théâtre attendent le poète. Le 28 mai 1876, le Luthier de Crémone, au dialogue plein de fantaisie et de sentiment, de si jolie couleur locale, fut représenté à la Comédie-Française. Cet acte séduisit le public et est resté, comme le Passant, au répertoire.

En 1878, paraissent les Récits et les Elégies, sorte de Légende des Siècles avec des parties élégiaques comme l'Exilée, qui nous livre d'intéressantes révélations sur la vie sentimentale du poète, dont le célèbre recueil des Intimités avait naguère marqué la première étape.

Puis François Coppée parut vouloir se consacrer au théâtre. Après le Trésor, représenté à l'Odéon le 20 décembre 1879; — après la Korrigane, ballet fantastique en deux actes, écrit en collaboration avec Louis Mérante, musique de M . Ch . -M . Widor , joué pour la première fois, à l'Opéra, le 1e1' décembre 1880; — il

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donna Mme de Maint enon (Odéon,, 12 avril 1881); cette première tentative d'un grand drame en vers, qui obtint surtout un succès d'estime, fut suivi bientôt d'un chef-d'œuvre. Severo Torelli continue directement, par la couleur, la vie, la force et l'émotion de la pensée, le théâtre de Victor Hugo. Il classait définitivement l'auteur comme notre premier dramaturge en vers, et la représentation (Odéon, 21 novembre i883) fut un triomphe. François Coppée versait quelques rayons de sa gloire sur ses interprètes ; MM. Paul Mounet et Albert Lambert fils lui durent leur entrée a la Comédie-Française.

L'auteur dramatique se doublait d'un crititique. Dès 1880, Coppée donnait à la Patrie, dirigée alors par M. Eugène Guyon, et où il remplaçait M. Edouard Fournier, des critiques du théâtre justes et savantes, ingénieuses et colorées, où l'on voyait déjà percer, sous le lundiste, le chroniqueur qu'il deviendrait plus tard . A cette époque, Coppée était bibliotécaire-archiviste de la Comédie-Française. Le 21 février 1 88 k , il fut élu membre de l'Académie française,

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en remplacement de M. de Lapradc, par 2/1 voix contre 8 données à M. Emile Montégut. Il renonça, vers le môme temps, à ses feuilletons à la Pairie.

Le 18 décembre 188/1, il prenait séance sous la Coupole, entre ses deux parrains Emile Augier et Sully Prudhomme, et il était reçu par M. Cherbuliez, qui surtout rendait hommage spirituellement, avec la pointe de malice traditionnelle, au poète des Humbles et des tableaux de la banlieue parisienne et au conteur.

Le 2 5 janvier i885, le poète adressait à M. Emile Perrin, administrateur de la Comédie, sa démission de bibliothécaire, a la suite d'un différend survenu entre lui et l'acteur Coquelin.

François Coppée ne se reposait pas sur ses victoires, il travaillait assidûment à en préparer de nouvelles. La composition des Jacobites fut pour lui, nous disait-il, un travail charmant. Il les écrivit en deux mois, à Coutainville, en Basse-Normandie, dans la maisonnette d'Alphonse Lemerre, devant l'Océan, où les hirondelles de mer s'étaient, à la fin de septembre,

familiarisées tout à fait avec le poète qui errait sur la plage... Les Jacobites, qui mirent en lumière le talent de Mme Segond-WeKf, furent joués à l'Odéon le 21 novembre i885.

Le 6 mai 1886, est représenté, à l'Opéra- Comique, Maître Ambros, drame lyrique écrit en collaboration avec M. Auguste Dorchain, et dont la musique est de M. Widor.

En 1886, François Coppée offre au public ses Contes en vers, où se retrouve l'inspiration des Humbles, mais avec plus de largeur, plus d'éloquence et où le récit a, parfois, tout l'intérêt d'un drame. La même année, Coppée donne Arrière-Saison, exprimant dans ce poème d'amour automnal toute la tranquillité, toute la quiétude du cœur qui est arrivé à se fixer en amour.

Au volume de contes en prose, Vingt Contes nouveaux, (1887), succèdent les Contes rapides (1888), et Henriette, longue nouvelle, presque un roman, d'un intérêt psychologique délicat et profond (1889).

Si nous voulons ajouter un portrait àl'icono-

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graphie de François Coppée, empruntons-le à l'un de ses biographes, M. de Lescure, car il se place précisément au point où nous en sommes. M. de Lescure décrit le poète « avec sa tête de médaille, son visage pâle et rasé », chez lui, rue Oudinot :

« Il est là, en habit de velours marron l'hiver, l'été en vareuse de flanelle rouge ou bleue, roulant la cigarette et caressant ses chats qui se caressent à lui. Il est là, dans ce quartier tranquille et pieux, entre sa sœur et sa servante.. . »

Poursuivons : le poète publie le Pater, drame en un acte en vers, reçu à l'unanimité par le comité de lecture de la Comédie-Française, lu et distribué aux artistes, et interdit pour des raisons politiques, par mesure ministérielle du 18 décembre 1889.

Les Paroles sincères, recueil de vers, paraissent en 1890.

Toute une Jeunesse (1891) a, ainsi que les Vrais Riches (1892), montré Coppée parfait pro-

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sateur, romancier touchant et spirituel, développant les sujets avec une rare aisance. Il est nécessaire de rappeler l'avant-propos de Toute une Jeunesse, sous forme de dédicace à M. Louis Dépret, l'écrivain délicat, le pénétrant moraliste :

« Pas plus que David Copperfield, le délicieux chef-d'œuvre de Dickens, — si parva licet. . . — ces pages ne sont une autobiographie, une confession. Seulement, je l'avoue, Amédée Violette, personnage imaginaire dans une action imaginaire, sent la vie comme je la sentais quand j'étais un enfant et quand j'étais un jeune homme. Tel que le voici le livre est sincère. Puisse-t-il vous plaire, mon cher Dépret, avec ses attendrissements et ses ironies. »

L'été de 1892, Coppée s'installa à la Fraizières, à Mandres, en Seine-et-Oise, où depuis, et jusqu'en 1897, il vint passer trois mois de la belle saison. « Un vieux logis et un bouquet d'arbres », écrit-il modestement. Ajoutons que

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ce vieux logis était situé en plaine de Brie, une plaine à la Millet, non loin de la vallée riante de l'Yerres, près de Brunoy aux jolies villas et de la forêt de la Grange ; et que ce bouquet d'arbres ombrageait un jardin français aux buis réguliers, fleuri de mauves et de roses-trémières. C'était une habitation estivale exquise, — son Tibur, — dont Coppée, pour des raisons de santé, a été obligé de se défaire trop tôt

Entre temps, en novembre 1892, il prononce un discours plein de charme, de finesse et de chaleur reconnaissante, au jardin du Luxembourg, à l'inauguration du buste de son maître Théodore de Banville.

Un volume de contes en prose, Longues et Brèves, vient s'ajouter aux précédents (1893).

Pour la Couronne, drame représenté le 10 janvier 1895, à l'Odéon, après plusieurs années d'attente et un inexplicable refus à la Comédie- Française, a consacré la gloire théâtrale de François Coppée. On se rappelle l'ovation dont il fut l'objet le soir de la « première », les

louanges unanimes de toute la presse, et la longue série des représentations qui dépassèrent de beaucoup la centième. Il fut fait, peu de temps après, commandeur de la Légion d'honneur, grâce à la bienveillance particulière de M. le Président Félix Faure. Il était officier depuis sept ans.

Lorsque le tsar Nicolas II vint à Paris, en 1896, Coppée lui souhaita la bienvenue au nom de l'Académie française, et il lui lut une ode composée pour la circonstance. Tout en étant très aimable et saluant le souverain avec courtoisie, le poète demeura plein de tact et ne fut pas courtisan.

La vie littéraire et publique de François Coppée ne s'est pas arrêtée là. Il avait toutes les qualités du journaliste, vivacité, esprit logique et clarté bien française; il était tout naturel qu'il le devint. Le Franc-Parler, recueil d'articles parus au Journal, de Fernand Xau, du 20 octobre 1892 à 1898, et réunis en volumes, atteste une science des hommes et des événements, une universalité de connaissances, qui

devaient faire de François Coppée l'un des premiers publicistes de ce temps. Pendant cette active publication, il écrivit encore le Coupable, qui parut en volume en 1896, — le Coupable, qui, en même temps qu'un drame très poignant, est aussi une œuvre de pitié pour l'enfance abandonnée.

Une grave maladie dont il ressentit les atteintes à deux reprises, et qui suscita précisément l'évolution de son esprit vers d'austères réflexions, lui inspira les belles pages qui devaient clore celte série du Franc Parler : c'est une suite d'articles où il renouvelle les actes de foi de son enfance, où il se rapproche du Dieu de ses premières années, c'est cette œuvre si particulière, si forte et si sobre : La Bonne Souffrance (1898), dont plus de cinquante mille exemplaires disent déjà le succès et répandent l'influence littéraire et morale.

François Coppée avait bien droit au repos, après une vie de lettres si laborieuse et si féconde. Il fut tiré de sa retraite par la force

même des événements. La France traversait une crise douloureuse.

François Coppée vint prendre sa place au premier rang des écrivains et des orateurs patriotes, aux côtés de Déroulède, de Rochefort, de Lemaître, de Drumont, de Barres... Il se fit polémiste et, se servant de sa plume comme d'une arme de guerre, entreprit la lutte contre les faux démocrates, les intellectuels de l'anarchie et les apologistes de la trahison. Toutefois, ses nouveaux articles, du Gaulois et de la Patrie, il n'a pas l'intention de les réunir ; il pense que ce sont des armes qu'on remet à la panoplie après le combat, que ce ne sont pas des œuvres. Le poète nous permettra de dire que certaines sont belles et fortes et, à défaut de Coppée lui-même, l'histoire est là pour les recueillir et les conserver.

Président d'honneur de la Ligue de la Patrie française, qu'il fonda avec MM. Jules Lemaître, Gabriel Syveton et Louis Dausset, Coppée est devenu orateur; il a imprimé, du haut de la tribune populaire, de justes flétrissures

sur le iront de despotes d'un jour. Quand la Patrie l'a réclamé, il s'est fait homme d'action, malgré son âge, malgré sa faible santé... Nous nous proposons de le montrer dans chacune des phases de son livre, reflets de sa vie; de dire l'originalité et la noblesse de son talent, qualités qui lui ont valu la gloire littéraire ; de retracer son rôle d'homme public, glorieux et éclatant aussi, rôle de citoyen si en harmonie avec l'œuvre de ce Français.

Le Poète élégiaque

Le Poète élégiaque

Il y a, dans l'œuvre de François Coppée, une page où est évoquée la figure d'un poète de vingt ans :

« Pauvre, mais fier et pur comme un lys, il a conservé intact le trésor de sa jeunesse et de ses illusions, et, lorsqu'une grisetle le regarde en riant, il baisse les yeux comme une vierge, ses yeux profonds aux cils de velours, se réservant pour une Béatrice future. . . Certes, il veut la gloire, mais il ne prétend la conquérir que

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par un chef-d'œuvre où il aura versé toute la sincérité de son âme ; il respecte sa plume comme un paladin son épée... Il n'a pas vécu, sans doute, le noble enfant; mais à quoi sert la vie aux poètes, sinon à flétrir, à tuer leurs chimères; et il écrit en ce moment ses premiers vers, son divin poème de jeunesse, celui qu'on ne fait qu'une fois ; il crée un paradis enchanté, un paradis impossible, où les oiseaux sont parfumés, où les fleurs ont des ailes, où toutes les femmes sont pures et douces comme des étoiles, où il n'y a que des sentiments et des rêves, et, plus tard, quand il donnera la volée à ses chansons, ceux qui se seront grisés à les chanter et à les lire resteront tristes comme au lendemain d'une débauche et souffriront d'un regret amer, en songeant que la vie n'est pas si belle. »

Cet adolescent ne ressemble-t-il pas comme un frère au poète du Reliquaire ? N'est-ce pas Coppée lui-même, écrivant ses premiers vers, ces vers où nous devions trouver avec l'exprès-

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