LE POÈTE ÉLÉGIAQUE [\ I
sion des jeunes tendresses une image très fidèle de son temps et de son milieu ? Car ce qui caractérise Coppée élégiaque, c'est sa grande précision. Ici, ce n'est pas le vague ou la généralité d'un Lamartine, ou la seule envolée lyrique d'un Hugo, ou la volupté surtout sensuelle d'un Musset; mais c'est un curieux mélange de ces divers sentiments. L'homme tout entier apparaît; il a vingt ans, il est Parisien, il est pauvre, il désire et il souffre. . .
Ce qui pourrait différencier François Coppée du jeune poète dont il a tracé le portrait, c'est que si le paradis qu'il créa dans sa première œuvre le Reliquaire est un paradis enchanté, comme celui du rêveur idéal, ce n'est pas un paradis impossible ; son idéal revêt la réalité, en la laissant transparaître. Dans le parc où il promène sa poésie, on retrouve le décor vrai du jardin du Luxembourg, qui lui a inspiré de si aimables vers et que son imagination a choisi pour quelques-unes de ses rêveries féeriques ou amoureuses, quelques-uns de ces petits drames de passion ou de sentiment.
/j2 UN POÈTE FRANÇAIS
Le Reliquaire est dédié à Leconte de Lisle, qui fut, comme nous l'avons dit, un des maîtres du Parnasse. Avec l'émotion d'un néophyte. Coppée entre dans le temple de la poésie, où il va d'instinct, en la pénombre d'une discrète chapelle, à la châsse dorée autour de laquelle fument les encensoirs et où est conservée la poussière des défuntes amours, et il fait ses dévotions aux reliques de son cœur adolescent.
Comme les prêtres catholiques, Sous les rideaux de pourpre, autour De la châsse où sont les reliques,
Brûlent, dans leur mystique amour, Les longs cierges aux flammes pures, Fauves la nuit, pâles le jour,
Qui jettent des lueurs obscures Sur les bijoux tristes et noirs Perdus dans l'or des ciselures ;
Et de même que, tous les soirs, Ils font autour du reliquaire Fumer les légers encensoirs;