‹ Un Poète, Gabriel VicaireChapitre 5 sur 17 · LE LIVRE DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE LA PATRIE

Le Livre de la Patrie est un ouvrage destiné aux enfants des écoles. L'auteur veut inspirer à nos écoliers l'amour pour notre belle France en même temps qu'il leur fait connaître, grâce à des lectures choisies avec soin, les passages des meilleurs de nos écrivains, prosateurs ou poètes. Ce livre fut publié presque en même temps que les Emaux bressans. Il est dans sa première partie purement descriptif. L'auteur nous conduit en Rretagne et nous décrit par la plume de Chateaubriand, Rrizeuxet Renan ses landes mélancoliques et ses champs d'ajoncs; c'est Flaubert qui nous vante les agréments de cette belle province la Normandie, c'est Ceorge Sand qui célèbre le Berry, c'est Jean Aicard et Paul Arène qui chantent la Pro-

vence, c'est Lamartine qui exalte Milly, c'est Erckmann-Clîatrian qui nous disent les charmes de l'Alsace ; c'est Ouinet qui nous dévoile le symbole des dentelles marmoréennes de Brou.

^lais il ne suffit pas de révéler aux écoliers d'aujourd'hui les secrets de nos belles campagnes, il faut leur montrer l'Ame qui les fait vivre. C'est cet amour pour le pays natal que le poète s'attache à développer chez eux en retraçant l'historique de chaque province et en donnant sur chacune d'elles des détails sur leurs mœurs et leurs coutumes.

Ce recueil de morceaux choisis est emprunté aux œuvres des auteurs contemporains et l'auteur signale à ce propos un point de notre histoire littéraire laissé dans l'ombre. Ce ne sont pas les classiques qui ont compris la beauté de la grande nature. A part M"^^ de Sévigné et La Fontaine, aucun écrivain avant Rousseau n'avait senti le charme de la campagne et célébré ses bienfaits.

C'est dans la littérature moderne que s'affirme enfin le sentiment de la description et l'amour des paysages. L'auteur le retrouve dans les œuvres de George Sand, de Balzac, de Taine, de Michelet, de Flaubert.

Et Gabriel ^ icaire conclut en nous disant « que le culte de la petite patrie conduit directement à celui de la grande. »

Il nous montre après avoir décrit séparément chacune de nos provinces, comment elles sont unies dans un dévoùment commun à la patrie française. Et il termine par un couplet patriotique en rappelant les vers du vieux Ronsard :

Le Français seml)le au saule verdissant : Plus on le coupe et plus il est naissant.

et en jetant ce cri de confiance et d'espoir : « Pour qui connaît les merveilleuses ressources de notre race, l'avenir n'est pas douteux. Que cliacun donc prenne courage, qu'il veille sur son cœur et sur son esprit, qu'il écoute sans crainte comme sans forfanterie la voix des poètes qui lui crient: En avant! Déjà l'horizon s'éclaircit, l'air fraîchit, le ciel s'illumine. Le jour ne saurait tarder où, pour le bonheur de l'humanité, la France reprendra sa place dans le monde. »

Vicaire, a toujours eu au i)lus haut point l'amour pour sa petite patrie la Bresse, le culte de sa grande patrie la France. Il La bien prouvé en faisant, pendant la guerre de 187U, son devoir en bon sohlat (d en ])on citoven.

S'il ne vit pas le feu de l'ennemi, ce fut par une, circonstance fortuite, non par le jeu de sa volonté.

Quoi qu'il en soit, son petit livre est encore un acte de foi et bien que des esprits affinés ne voient dans le fait de célébrer la patrie qu'un sentiment vulgaire, disons le mot pompier, il n'en est pas moins certain que cette œuvre complète et explique certains de ses poèmes qui ne figurent pas dans ses livres de vers. Dans plusieurs cérémonies en effet, Vicaire ne craignit point d'exprimer ses idées patriotiques et notamment, lorsque fut inauguré à Bourg, une plaque commémorative aux anciens élèves du lycée morts pendant la guerre de 1870.

Il semble donc tout naturel de citer ici les vers qu'il composa en l'honneur de ses camarades défunts.

\''oilà douze ans bientôt ; nous avions le même âge Que ceux dont tout à l'heure on nous a dit les noms. Nous partions de concert pour le même voyage Et c'était, sans mentir, nos meilleurs compagnons.

On dirait que leurs mains sont encore dans les nô-

[tres, Il nous semble les voir à leur dernier matin. Soutiens de la patrie ils sont morts en apôtres. A nous qu'ils ont quittés d'envier leur destin.

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