‹ Un Poète, Gabriel VicaireChapitre 6 sur 17 · LE MIRACLE DE SAINT NICOLAS · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DE SAINT NICOLAS

Le Miracle de saint Xicolas publié en 1SS8 fut joué au théâtre d'Application. La musique de M. Cil. de Sivry accompagnait avec un rare bonheur les vers du poème illuminés de toutes grâces.

Gabriel Vicaire a repris l'ancienne ritournelle populaire :

Il était trois petits enfants

Qui s'en allaient glaner aux champs.

Il en a lait un petit drame où son rythme déjà si souple et si libre devient plus musical encore. J'ai retrouvé à propos de cette œuvre un article amusant de M. Aimé ^"ingtrinier. Je le retranscris ici car il me paraît dire à merveille le charme ancien, la délec-

table gaucherie émue, le mysticisme naïf de cette légende touchante.

« L'année dernière,en me promenant, comme un rêveur, sur les bords si doux de la Reyssouze, je rencontrai, à l'ombre des saules et des coudriers, une adorable, une ravissante fdlette, enfant du pays, élancée, svelte, le nez au vent, les grands yeux bleus regardant droit devant elle, les cheveux blonds, les dents blanches, le visage plutôt rond qu'ovale, un frais sourire sur les lèvres. Je m'arrêtai émerveillé. Elle portait avec coquetterie le joli costume de Montrevel, le pays des belles filles; son petit bonnet pointu couvrant la nuque était retenu par un ruban rose gentiment noué sous le menton.

« Fillette ai-je dit? erreur; elle était jeune fille depuis la veille. A cette heure encore un peu gauche, un peu gênée dans son allure, elle entrait à plein cœur, à pleine joie dans sa première adolescence. Elle ne courait plus, ne sautait plus, ne riait plus comme une jeune fille ; elle marchait posément doucement, d'un pas léger qui faisait à peine plier l'extrémité des hautes herbes. Elle pensait, regardait, contemplait la contrée avec étonnement, comme si elle l'eût vue pour la première fois ; avec attendrissement, comme si

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son cœur se l'iil ouvert à des senlimenls inconnus et nouveaux.

« Elle disait des vers coulants comme une source pure, élégants, champêtres, empreints d'un profond sentiment de la nature.

« Je lui demandai son nom avec curiosité.

« — Je suis Tauleur des Emaux bressans qui ont eu tant de vogue, me répondit-elle en riant. Je les ai dictés à un ami, à un jeune compagnon d'enfance qui, d'après mes conseils, les a publiés et signés de son nom, et je l'attends, ici, pour lui inspirer un autre volume que je médite, car succès oblige et il ne doit pas en rester à son premier essai. Je suis la Muse de la Bresse, j'ai incpiré Dusaix, Bigottier, Mermet, Xoyria, Leduc, Edgar Ouinet. Connaissez-vous Galjriel Mcaire, mon nouvel ami ?

« — Depuis longtemps! m'écriai-je avec vivacité, et je vous telicite..., non..., et je le félicite, veux-je dire, de s'être inspiré de vos charmes, de votre beauté, de votre grâce un peu rustique, mais franche et vraie. 11 a signé là un livre que les gens d'esprit ont goûté, que les jouinaux ont acclamé, dont les Bressans sont fiers et qui vous a fait connaître vous-même, Ijelh:' enfant, dans un pays blasé où les réputations sont difliciles à étaldir.

« Et nous causâmes ainsi, longtemps pendant que la Reyssouze, dormait doucement à côté de nous.

« Je l'ai revue hier, la jeune fille, auteur ôes Emaux bressans ^msiis combien changée ! je ne la reconnaissais plus.

« Sa taille s'était développée, sa marche affermie ; sa voix avait plus d'ampleur. Elle avait pris un air posé, sérieux, modeste, doux et tendre. Elle avait attaché une petite croix d'or à son fichu.

« — J'ai dicté à Gabriel un livre nouveau, me dit-elle en baissant les yeux. Je crois qu'il vous plaira.

« Elle me tendit un gentil volume édité par Lemerre ; il s'appelait : Le Miracle de saint Nicolas.

« C'était un poème en vers libres, au sentiment ému, au style coulant, facile, à la description rapide et légère des grands bois, des sombres nuits, des lourds orages, des loups affamés, des voyageurs perdus ;. on y trouvait des prières, des invocations à la Vierge et aux saints ; on aurait dit une légende du moyen âge rimée par un trouvère d'autrefois. « C'est l'histoire de trois adolescents égarés dans la forêt, assassinés par un bandit et ressuscites glorieusement par saint Nicolas,

patron des enfants, que ce miracle a rendu, encore plus que par le passé, leur protecteur et leur ami.

« La terreur des trois innocents, leurs angoisses, leurs appels, leurs espérances quand ils voient une lumière dans la nuit ; leur reconnaissance quand ils sont reçus dans une cabane cachée dans les bois, leur joie dans leur petit lit, leur effroi, leurs cris à leur mère, à leurs parents, à la ^'ierge, quand ils sont frappés, tout est rendu, par le poète, avec une grâce profonde, une vive et touchante sensibilité.

« Voici l'entrée en matière, quand les enfants sont perdus :

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