SONNET
Lorsque nous vieillissons, tout lointain souvenir Nous est fidèle encore , en dépit des années ; Les fleurs de notre avril en vain se sont fanées, Leurs images en nous ne se peuvent ternir.
Mais au contraire , hélas ! voulons-nous retenir De nos impressions les plus récemment nées? Elles s'effacent vite et meurent, condamnées, Moins anciennes dans l'âme , à plus tôt y finir.
Comme un prompt échanson, qui , sans reprendre haleine Passe devant la coupe et la tient toujours pleine, Le temps passe et remplit la mémoire à plein bord.
Le souvenir nouveau, c'est la dernière goutte Qui, sous le moindre heurt, s'en échappe d'abord, Tandis que la première au fond demeure toute.