‹ Un portrait russeChapitre 105 sur 143 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

quent le même eflfet que les ténèbres. Voilà pourquoi la lumière étemelle est obligée de se voiler de nuages pour s'adapter à la faiblesse de nos organes. Voyez la Transfiguration, et le passage de Dieu devant Moïse. — La vérité immuable est à Tesprit ce que la lumière éternelle est aux yeux. Elle est obligée de se recouvrir de symboles et de ne parler qu'en paraboles pour être comprise de la multitude. Ces symboles et ces paraboles frappent différemment Tentendement des individus selon le degré de leur intelligence. C'est pourtant toujours la même vérité, comme c'est la même lumière qui nous parvient adoucie par le vert feuillage de la forêt ou qui découle immédiatement radieuse du soleil à son méridien. Le temps éclaircit ces vérités; il prépare les esprits à les découvrir sous les emblèmes et les allégories qui les recouvrent, et ce qui n'était qu'hypothèse et idéal chez les païens, est devenu fait incontestable et vérité absolue pour les chrétiens véritables.

Le plus beau privilège du temps est de préparer les voies à la vérité. Ses procédés à cet effet sont lents, à notre point de vue du moins les germes semés dans une époque apparaissent d'abord en faibles arbrisseaux; des siècles s'écoulent avant que ces tiges débiles deviennent des arbres. D'autres passent avant que leurs fleurs s'épanouissent et que leurs fruits ne se forment. Que de siècles encore avant que ces fruits ne mûrissent et ne deviennent propres à servir d'aliments sains et nutritifs 1 Que de périls, l'arbre, sa fleur et son fruit

n'ont-ils pas à braver! Tantôt une chaleur hâtive qui le fait pousser, pour le dessécher ensuite avant qu'il n'ait gagné assez de sève pour se soutenir; tantôt une tempête qui fait plier jusqu'à terre ses branches flexibles, sous peine de ne plus jamais se relever. Et quand le tronc bien assuré parait défier tous les dangers, qui nous dit que quelque gelée délétère ou quelque vent brûlant ne viendra pas joncher le sol des pétales de ses fleurs; qui nous garantit que quelque ver rongeur ne se sera pas blotti dans le cœur même de ce fruit qui parait tout près de sa maturité ; qui nous dit que sous ces dehors brillants et savoureux ne se cache pas le poison de la pourriture? H a fallu plus de six mille ans à l'humanité déchue pour faire germer et accepter la vérité du Christ. Et après six mille ans de lente germination, d'hypothèses, d'étincelles éteintes avant qu'elles aient pu produire la lumière, de fausse science, de faux raisonnements, de fausse philosophie, renfermant chacun un grain de froment dans un tas d'herbes inutiles ou nuisibles; après tant de recherches, de si sublimes théories de si vagues espérances; après tant de miracles; après de si éclatantels manifestations; combien y en a-til, oh! Rédempteur des hommes, lumière et vérité du monde! combien y en a-t-il-de ceux que vous êtes venu sauver, qui croient véritablement et qui, ne se contentant pas- du vain nom de chrétien, le sont effectivement en esprit et en vérité?

Heureux ceux à qui la foi pure et simple tient lieu

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