‹ Un portrait russeChapitre 106 sur 143 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

de science et de démonstration. Mille fois mieux vautil de croire sans comprendre que de comprendre sans croire.

La science sans la foi est une chose plus pemidense qu'on ne le pense; car là où manque la foi, Torgueil prend sa place, et où Torgueil est le mattre, les vertus sont esclaves. La science même est forcée de descendre de son trône, et se voit réduite à prodiguer ses trésors comme offrandes aux passions de ce tyran insatiable.

La vaine science, celle qui ne cherche que l'approbation des hommes et la renommée éphémère du monde, ne peut que nuire au bonheur. Trop orné pour l'usage journalier, c'est un de ces magnifiques vêtements qui, l'occasion de briller une fois passée, sont relégués dans une armoire pour être fanés par le temps et rongés par les vers.

«C'est pourquoi je travaille constamment à conserver ma conscience exempte de toute offense envers Dieu et devant les hommes», disait saint Paul dans sa défense devant Félix. C'est en effet à quoi tout chrétien devrait s'exercer pendant toute la durée de sa vie, car la conscience doit être cultivée comme toute autre faculté du cœur et de l'esprit. Elle tient de tous les deux, et

si on ne Texerce, elle peut s'engourdir comme la mémoire ou Timagination, s'émousser comme la sensibilité, la compassion ou toute autre vertu du cœur.

La conscience est une plante exotique qu'on doit cultiver avec soin et persévérance. Sa patrie se trouve dans les hautes régions de l'âme; transplantée dans la vie usuelle, elle dégénère souvent et périt quelquefois faute d'une atmosphère homogène.

La conscience est une faculté exclusivement humaine. C'est le secret tribunal devant lequel nous nous faisons comparaître nous-mêmes pour nous juger, nous condamner ou nous absoudre. Différente selon les différents degrés de civilisation, de vertu, de faiblesse et de force, elle ne manque dans aucun État, ni à aucune race. C'est Tinstinct du jugement et de la justice, perverti, abâtardi à l'état de germe et de rudiment; sujette quelquefois aux plus singuUères aberrations, comme chez le sauvage à l'état de nature ou dans quelques-unes de ces sectes reUgieuses dont la triste exaltation s'est fait un devoir d'anéantir jusqu'aux affections les plus saintes de famille; et cependant ces aberrations mêmes ne font que prouver l'existence de ce sentiment, qu'on ne saurait définir.

Qu'est-ce donc que la conscience et comment faut-il la cultiver; comment peut-on la rendre assez délicate et assez forte en même temps, pour en faire la règle de notre conduite et le juge le plus impartial de nos actions, de nos pensées, etc.? En la basant sur la connaissance de Dieu, du Dieu juste, sévère, équitable et cependant miséricordieux. Au christianisme appartient la gloire d'acclimater cette plante du ciel dans le cœur de l'homme.

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