TROISIEME PARTIE
gardant leur dit: Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu.»
Ce ne sont pas les richesses elles-mêmes, mais les soucis et l'orgueil qu'elles inspirent qui rendent le salut si difficile aux riches. Et quand nous disons riches, nous entendons non seulement la fortune matérielle, mais la grandeur, le pouvoir, jusqu'aux talents et à la supériorité de l'intelligence, quand elle n'a pas pour base l'humilité et le bon sens. Aussi Dieu, dans sa miséricorde, réserve à ces riches des épreuves à part; des mécomptes, des désappointements, l'ingratitude de leurs bienfaits, l'envie de leur puissance, le dénigrement de leurs œuvres , sans parler de la flatterie qui les corrompt, de la mollesse qui les énerve, de l'orgueil qui gonfle leur cœur et finit par le rendre insensible. Voilà pourquoi le salut des riches est si difficile.
Il n'est pourtant pas impossible à Dieu, parce que Dieu tient entre ses mains les épreuves propres à les châtier et à leur faire expier les vices et les faiblesses que la richesse fait naître. Sans leur ôter une parcelle de leur avoir, il sait rendre la fortune matérielle ou intellectuelle , dont ils ne savent pas faire un bon usage, inutile à leur bonheur, une source de tourments, plus grands même que ceux d'une véritable misère, et souvent ces riches si enviés ne sont dans le fait que de pauvres honteux. Béni soit donc le Seigneur auquel tout est possible, et qui sait accomplir le salut des hommes par des voies tellement simples qu'elles échappent à la curiosité de ceux qui auraient intérêt à les empêcher.
«La science gonfle, la charité édifie.» Saint Pauly 2. Corinth^ 3, v. 1. La science est-elle nécessaire au salut? Je ne le crois pas. Pour certains esprits curieux et inquiets, scruter et approfondir est un besoin. Qu'ils le fassent donc et qu'ils choisissent de préférence pour leur étude tout ce qui peut les mener plus directement à la connaissance de Dieu et à la voie de leur salut. Qu'ils se nourrissent donc des Écritures et ne se lassent jamais de les approfondir. Anx intelligences avides d'aliments, les vérités immuables, contenues dans ces livres sacrés, offrent une nourriture aussi saine qu'abondante et variée. Elles touchent à toutes les questions, à tous les intérêts, à toutes les sciences du passé et de l'avenir, et réveillent l'attention sur des sujets de tout genre; des sujets dont la multiplicité demanderait bien plus que la vie d'un homme pour les approfondir. Que ces intelligences cependant, quels que soient leur portée et leur progrès, se gardent de croire que leur salut est attaché à ces études. Le savoir est une belle et gi*ande chose sans doute, et tant qu'il n'engendre point l'orgueil, non seulement il ne nuit pas au salut, mais il y concontribue en éclairant l'esprit et l'élevant au dessus des petites misères et intrigues de la vie. Cependant la droiture du cœur et la pureté de l'âme avancentl'homme plus que toutes les sciences de ce monde. Au moment où le trépas nous aura «délivrés de ce corps de mort», notre âme, à moins qu'elle ne soit trop infectée de vices et de péchés, saura dans un clin d'œil, plus qu'elle n'aurait pu apprendre dans la vie la plus longue et les études les plus ardentes. «Bienheureux les pauvres