‹ Un portrait russeChapitre 118 sur 143 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

s'étendent au loin. Vois le soleil reluire, et les hautes montagnes avec leurs eaux et leurs forêts, t'inviter à t'élever vers leurs sommets. Baigne-toi, ne fût-ce qu'en idée, dans la rosée bienfaisante de la nature, et tu comprendras par les aspirations qui naîtront en toi, que ce n'est qu'au delà de ce monde qui te tient sous l'assaut, que tu peux espérer la paix, cette paix du Seigneur, source toujours vive de joies et de délices; et pour la conquérir, il faut sortir de tes murs et enfoncer les rauKS de tes assaillants.

«Car mon joug est doux et mon fardeau est léger.» Mattlt. 1 1, V. 30. Votre joug à vous, Seigneur, est doux et votre fardeau est léger. Celui du monde cependant est dur, et le fardeau qu'il impose est bien lourd; si lourd que les forces d'une pauvre femme peuvent à peine y suffire. Et pourquoi ne pas nous débarrasser de ce joug et de ce fardeau si lourd et si intolérable. N'estce pas pour nous en enseigner les moyens que vous êtes descendu des deux sur la terre, que vous vous êtes fait un de nous, et que vous vous l'êtes imposé ce joug à vous-même? N'est-ce pas pour nous montrer le chemin qui conduit au ciel que vous avez daigné marcher sur les sentiers épineux de la terre?

«Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez aucune peur.» Matth, 1 4, V. 27. Voilà les paroles qui se font entendre à nous quand les tempêtes de nos propres passions et celles des autres soulèvent les eaux de notre existence. C'est moi.

nous dit alors la foi, qui, cachée au fond de nos âmes et soigneusement nourrie au temps de notre prospérité, nous apparaît aux termes de nos épreuves, foulant les vagues de son pied assuré, et nous tendant Tappui de sa main. «N'ayez aucune peur, nous dit-elle et rassurez-vous», car le port est proche et l'orage passager. Le monde et ses puissances passeront, les cieux et leurs splendeurs visibles seront effacés: moi seule, la foi vive et pure du chrétien, la sœur aînée de l'espérance et de la charité, je resterai inébranlable. Moi seule, je n'abandonnerai jamais ceux qui m'ont donné asile et ont mis leur confiance en moi. — Oh Seigneur! vous au nom duquel cette foi a pénétré mon âme, quelle peur pourrai-je avoir, si seulement je peux me convaincre que c'est en effet vous, et non un fantôme de mon imagination décevante, qui me prêtez la main pour me soutenir sur les eaux.

«Soyez parfait comme mon Père est parfait», disait notre Seigneur à ses disciples. Cette recommandation n'est-elle pas une impossibilité, me demandera-t-on, et quel est Thomme qui pourra jamais atteindre à la perfection de l'Être parfait par excellence. Aucun, sans doute, mais il n'y en a non plus aucun qui ne puisse se poser cette perfection pour modèle, qui ne puisse faire ses efforts pour l'imiter, du moins dans ses moindres degrés. Par exemple: Dien est bon. Certes, nous ne pouvons être bons comme lui; mais tâchons de l'être selon la mesure de nos forces, efforçons-nous d'être bons dans le genre de sa bonté. Soyons charitables,

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aimants, prêts à excuser les défauts de nos semblables, lents à les condamner, prompts à leur accorder le pardon. Rappelons-nous leurs qualités et non leurs défauts ; pardonnons-leur les injustices et les persécutions dont ils nous poursuivent, et ne songeons à nous venger qu'en oubliant leurs iniquités à notre égard, en rendant le bien pour le mal et en bénissant ceux qui nous maudissent. Si notre mémoire, plus tenace que notre volonté, nous défend d'oublier les injures de nos ennemis, tâchons au moins d'en détourner nos pensées, et pardonnons-leur, si nous ne pouvons les oublier.

Dieu est juste, soyons juste dans le sens de sa justice. N'accusons jamais sans preuves , et abstenons-nous de tout jugement si ces preuves sont incertaines. Jugeons les actions de notre prochain par leurs motifs et non par leur apparence ou leur résultat. Si ces motifs se dérobent à notre perspicacité, tâchons de les supposer bons, et gardons-nous d'arrêter notre opinion avant de les connaître. Jugeons comme nous espérons être jugés, et si notre conscience ne nous permet pas d'absoudre, au moins gardons-nous de punir.

Dieu est omniscient. Qui pourrait atteindre à sa science? Mais nous pouvons, selon nos capacités et notre intelligence, acquérir quelque peu de cette science, pour en repaître notre âme, l'élever et l'éclairer. Gardons-nous seulement de la vaine science, de celle qui fait naître l'orgueil et dont le but n'est que de briller aux yeux des hommes. Cette science-là n'est pas celle

(le rOmniscient, elle n'est pas la lumière, et son éclat n'est que celui du phosphore qui se détache des corps putrifiés. Tout en cherchant avec soin quelques rayons de la vraie lumière, ne cessons pas de nous répéter que tout savoir humain, quelle que soit sa portée, n'est, en comparaison de la science divine, qu'une des gouttes qui composent l'océan.

Dieu est tout puissant. Empruntons-lui quelques uns des attributs de sa toute-puissance, la miséricorde, la douceur, la mansuétude envers ceux qui, par leur esprit ou leur position sociale, se trouvent être nos inférieurs ou dépendants de notre influence.

Voilà quelques exemples de ce que nous pouvons faire, non pour égaler ou approcher la perfection de Dieu, mais pour prouver que nous la comprenons et que nous faisons nos efforts pour ne pas nous en éloigner entièrement.

Les perfections de Dieu sont innombrables comme les grains de sable du désert. Qui saurait jamais les énumérer? Et cependant il y a une vertu que, dans sa miséricorde infinie, il a exclusivement réservée à la race humaine: cette vertu, c'est l'humilité. La mythologie prétendait que quand Pandore, cette personnification de l'Eve antique, eut, à l'instigation perfide de je ne sais quel Titan, ouvert sa boîte mystérieuse, toutes les vertus et tous les vices , renfermés sous le couvercle se i)récipitèrent soudain, les unes pour retourner au ciel, les autres pour envahir la terre.

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