TROISIÈME PARTIE
L'espérance seule resta au fond de la boîte. Ce fut ainsi au temps de la chute. La honte et sa compagne, rhuinilité, accompagnèrent seules nos premiers parents chassés de leur jardin de délices; ils durent manger leur pain à la sueur de leurs fronts. Depuis ce temps rhumilité a été la compagne et la confidente de l'homme; elle Ta soutenu et Ta fidèlement aidé dans le long travail de sa régénération. Elle seule a pu le faire; car il n'appartient qu'à elle de lui inspirer la contrition et la pénitence: elle seule sait les paroles propres à vaincre l'orgueil, à le subjuguer, à ramener 1 ame vers sa patrie et à lui rendre l'héritage qu'elle avait perdu; il n'appartient qu'à elle par conséquent, d'introduire l'exilé dans la demeure de son Père.
«Pourquoi cherchez- vous parmi les morts Celui qui est vivant?» Saint Ltic. 24, v. 5. Pourquoi chercher dans la lettre morte Celui que la parole vivante doit proclamer? Pourquoi s'imaginer que la pierre froide du sépulcre puisse recouvrir Celui que la création entière ne peut contenir? Ne le cherchons donc pas dans les choses inanimées; il y est aussi sans doute, car sans Lui nulle chose qui est, ne peut exister. Mais il importe bien plus à notre salut et à notre repos de le découvrir en nous, de sentir sa présence vivante dans nos âmes, d'entendre sa voix nous appeler, de pouvoir la reconnaître cette voix entre mille autres, et de s'écrier en la reconnaissant: «Mon Seigneur et mon Dieu.o
On a quelquefois un désir si ardent de quitter la vie que le cœur tressaille et paraît vouloir se fendre à Tespoir d'une fin prochaine. Et cependant Téternité est là, à la porte de cette fin qui n'est qu'un nouveau commencement; et qui de nous ose dire qu'il est mûr pour ce qui l'attend au delà de cet horizon que nul œil mortel n'a jamais percé?
Faut-il craindre, faut-il désirer la mort? Ni l'un ni l'autre, je crois, si l'on était sage. Mais qui peut se vanter d'être sage et quel mortel, quelle femme surtout peut se défendre de craindre ou d'espérer? Craindre la mort me paraît déraisonnable. On ne doit pas se permettre de craindre un événement aussi inévitable. Celui qui en a fait une nécessité de la vie, ne peut avoir eu pour but d'empoisonner cette vie par son attente. Elle clôt l'existence comme la nuit clôt le jour. Quand c'est la vieillesse qui la produit, elle descend sur la paupière fatiguée de l'homme sans douleur ni menaces comme un bienfaisant sommeil, le sourire à la bouche, la sérénité sur le front. C'était ainsi qu'elle devait s'approcher de tous; nos péchés et nos passions, nos remords et nos dérèglements, ont seuls donné à ce génie, frère du sommeil, les traits hideux et menaçants du squelette. Mais après 1 C'est cet après qui fait trembler et reculer jusqu'à la lâcheté devant ce qu'il nous cache. Et cependant que cacho-t-il? Un Père, un Père juste, il est vrai, mais clément et miséricordieux; un Père qui fait fête à l'enfant prodigue, qui accueille les publicains et