TROISIÈME PARTIE
les Madeleines et ne demande qu'une larme de pénitence, qu'un soupir de contrition, que quelques actions de charité si simples, que peu de vies en sont dépourvues, pour nous recevoir dans une de ses demeures. Dans une de ses demeures, remarquez bien ceci. «Car il y a plusieurs demeures dans le royaume démon père; si ce n'était pas ainsi, je vous l'aurais dit.» Il y a des degrés de sainteté, des degrés de béatitude, des degrés de simple perfection! Pourquoi donc cette terreur d'esclaves, <(VOus chrétiens à qui il est donné de devenir les enfants de Dieu?»
La seule manière de vaincre cette terreur de la mort que je vois à tant de monde, c'est de se familiariser de bonne heure avec son idée. De même que je conseillerais à toute femme de se préparer à quitter la jeunesse, avant qu'elle ne la quitte, ainsi j'engagerais toute chrétienne à méditer et à réfléchir souvent sur la mort, cette fin inévitable de la vie. Pour celles qui ont des trésors déposés dans le sein de leur Père céleste ces réflexions peuvent être graves, mais ne sauraient être pénibles; puisque ces êtres bien-aimés ont passé par cet étroit sentier, pourquoi craindrions-nous de le franchir? Puisqu'ils sont là à nous attendre, hésiterionsnous à les joindre? D'ailleurs que servent nos hésitations et nos terreurs? Le pas doit être franchi un jour, que ce soit demain ou dans vingt ans, qu'importe? Quand le plus long terme qui pourra nous être accordé tirera vers sa fin, serons-nous plus préparés que nous
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ne le sommes aujourd'hui? La vieillesse avec toutes ses privations, ses décrépitudes et ses humiliations, est-elle un état si désirable qu'on veuille la prolonger jusqu'à Tossification de sa dernière veine, jusqu'à la dernière pulsation de son cœur? Et qui sait si les tentations, les pièges et les séductions du monde, ne nous auront pas ôté le peu de qualités que nous avons, le peu de mérite dont nous pouvons nous parer; qui sait si, en nous cramponnant avec tant de passion à cette misérable existence, nous ne nous rendons pas incapables de goûter les joies de celle qui nous attend? Résignonsnous donc à la vie, mais ne nous y attachons pas comme si jamais nous ne devions la quitter; prenons d'elle ce qu'elle nous donne, ne refusons pas le peu d'instants de répit ou d'agrément qu'elle nous offre; mais n'oublions jamais comme elle est passagère. Bâtissons nos nids dans les roseaux du rivage (c'est notre instinct), mais rappelons-nous que nous ne sommes que des oiseaux voyageurs, et qu'une fois notre couvée envolée, notre tâche remplie, nous devons quitter nids et roseaux pour retrouver un ciel plus serein et des climats plus doux.
On ne devrait ni craindre, ni désirer la mort; car confiants dans la justice et la miséricorde de Dieu, on devrait être assuré qu'il connaît et sait choisir le moment où le fil qui lie nos âmes au corps peut être coupé avec le plus d'avantage et le moins de péril.