‹ Un portrait russeChapitre 12 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ni enfin la prolongation pour six ans de la jouissance de la rente accordée à son père. Ce refus lui fut d'autant plus sensible qu'elle y voyait un manque d'égards à la mémoire du défunt.

Bien plus! Le gouveniement s'empara de tous les papiers laissés par le comte Spéranski; et ce n'est qu'après des réclamations qui n'étaient pas toujours calmes, que M™* Bagréeff obtint la restitution d'une partie de ces manuscrits. Ces moments d'irritation, dans sa ténacité à revendiquer légitimement ce précieux héritage, accrurent le nombre de ses ennemis qui la savaient peu en faveur. Le mari lui-même, n'ayant plus rien à espérer de son beau-père, voulut s emparer de sa fortune, et traita en maître absolu M"® Bagréeff. Pour couper court à ces procédés, elle plaça son fils à l'école des porte-enseignes, et s'éloigna avec sa fille pour demeurer quelque temps à l'étranger. En juillet \ 839, elle quittait Saint-Pétersbourg pour se rendre à Kissingen et ensuite à Gastein; elle passait l'hiver à Francfort-sur-Main, et renouvelait, dans l'été de 1840, la cure d'eau de Tannée précédente.

Pendant ce temps elle vécut avec une stricte économie; elle se permit seulement un court voyage en Angleterre, afin de lier connaissance avec la famille de sa grand'mère, et quelques excursions à Darmstadt pour saluer le grand-duc, héritier présomptif du trône de Russie. Dans cette ville, elle devint bientôt l'astre du jour. Plusieurs personnes de la suite du prince se rappelaient l'accueil fait à cette femme par l'empereur, au bal que nous avons rappelé. Le comte C***, qui la

traita plus tard à Téplitz presque en mendiante, se mettait à ses pieds.

Pendant son séjour à Francfort, M™® BagréeflF observa les premiers symptômes du caractère difficile de sa fille à peine âgée de treize ans, et remplaça sans fruit miss Sarah par une nièce plus âgée que sa cousine.

La seconde cure que tenta M™^ Bagréeff n'ayant pas eu de bons résultats , elle se décida à consulter la Faculté de Vienne, avant de rentrer dans sa patrie. Elle visita le duché pittoresque de Salzbourg et descendit le Danube par le bateau à vapeur jusqu'à la capitale de la monarchie autrichienne. C'est là qu'elle rencontra un docteur qui lui fut attaché jusqu'à la fin de sa vie. Souvent elle suppliait en larmes cet habile et dévoué médecin de la disputer à la mort pour quelques années, afin qu'elle pût achever elle-même l'éducation de sa fille. Après deux mois de soins, elle put faire sa première promenade aux bastions qui formaient alors une verte ceinture à la ville de Vienne et, ombragés d'arbres, dominaient les pelouses des glacis. Jamais âme n'exhala autant de reconnaissance envers Dieu, son père et créateur. Après l'hiver, au mois de mai 1841, elle alla prendre l'air des montagnes, et se rendit en Suisse par la Styrie, llllyrie et le nord de l'Italie. Le même docteur fut appelé aux bords du Rhin pour une malade de famille royale ; il s'y rendit dans le courant de juin,- et ensuite, à la réception d'une lettre désolante, rejoignit M"« Bagréeflf à Lucerne. L'air pur et plus oxygéné de la Suisse, les émanations fraîches et balsamiqujes des Alpes, fortifiaient la malade, et le paysage en même temps animait son imagination: elle composa quelques poèmes ra-

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