‹ Un portrait russeChapitre 121 sur 143 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Dans la vie factice que nous menons, nous autres gens du monde, il est si difficile de faire son salut, que bien des personnes y renoncent en désespoir de cause. On s'abandonne à la pente qui nous entraîne, en fermant les yeux pour ne pas voir le gouffre béant qui nous attend, et sans même faire une tentative pour s'accrocher aux pierres et aux arbres placés sur notre route, afin de servir d'obstacles à notre chute. Hélas! Seigneur, arrêtez-nous de votre main puissante. Saisissez-nous par notre chevelure, au risque de Tarracher. Mettez votre frein dans notre bouche, au risque de la déchirer; étreignez-nous jusqu'à nous étouffer; broyez nos membres entre vos doitgs, brisez-les, ne faites de notre corps qu'une plaie; mais empêchez-nous de nous précipiter dans l'abîme, où nous enti-aînent nos passions, nos désirs et notre stupide aveuglement.

« Heureux Thomme à (\m le Seigneur n'impute pas de péché et dont l'esprit est exempt de tromperie.» (Ps,) La dernière phrase de ce verset est son meilleur commentaire; on pourrait la paraphraser ainsi: Heureux celui dont l'esprit est exempt de tromperie, car aucun péché ne lui sera imputé. Ce sont les simples auxquels, comme aux petits enfants, le royaume du ciel est promis. Ce sont les *';y//.s^ qui n'ont qu'un oui et un Mon pour tout serment. Ce sont les hommes sans fiel qui, comme Nathaniel, sont seuls dignes de devenir les disciples de celui qui était «doux et humble de cœur», et qui ne

trouvait que des paroles de pardon et des prières pour ses ennemis et ses bourreaux.

La confession est un sacrement solennel et austère, et non le besoin de confidence et de direction, comme l'assurent quelques-uns* de ses apologistes. C'est la préparation à l'Eucharistie, à ce sacrifice non sanglant apporté par le Sauveur des hommes comme propitiation et purification de nos péchés. L'âme devrait être à jeun de toute chose terrestre au moment de s'unir aussi intimement au corps et au sang même de son Créateur. Voilà pourquoi la confession précède la communion. C'est une pénitence et une contrition ; c'est non seulement mettre son cœur à nu devant Dieu; mais c'est encore s'humilier devant un homme qui, quelle que soit la sainteté de son ministère, n'est qu'un pécheur comme nous, qu'en certains cas nous connaissons comme tel, qui quelquefois nous répugne et dans le jugement duquel, comme notre semblable, nous aurions peu de foL Ce n'est donc pas le mouvement spontané « d'un cœur qui se penche vers un autre pour y verser son secret».* C'est le plus souvent la castigation d'une conscience forcée à découvrir ses replis à un homme auquel elle voudrait à tout prix les dérober. Se confier à ses amis, serait chose trop facile et trop agréable. C'est souvent devant votre ennemi qu'il faut vous prosterner; c'est

* Vie du Cardinal CheventSy ouvrage cité par Nicolas: Philosophie du Christianisme, un fort et salutaire livre. ' Bossuet.

Page 1