‹ Un portrait russeChapitre 122 sur 143 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

permettre à une main maladroite, indifférente, malveillante quelquefois, de fouiller dans votre cœur et d'y trouver matière à vous reprendre et à vous châtier. Saintes confessions I vous êtes loin des confidences de l'esprit et du cœur; vous êtes la sonde «qui pénètre le cœur et les reins I» Vous êtes la verge qui châtie Tâme rebelle; vous êtes le cilice qui déchire l'amour-propre, et met à nu les plaies de l'orgueil.

Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, et son semblable comme soi-même, «c'est la loi et les prophètes», nous a dit notre Seigneur et notre Sauveur. Et en effet pourrait-on commettre des péchés contre l'objet d'un amour aussi parfait, et pourrait-on haïr, opprimer ou être injuste envers celui qu'on aimerait comme soi-même 1

Quel est l'homme vivant dans ce monde, dans cette agglomération de passions mesquines, de petites haines, de minces perfidies, de secrets parjurés, de frivolités, de faussetés, d'immoralités ouvertes et déclarées; quel est l'homme habitué à passer sans indignation et sans horreur à travers tous ces crimes et ces péchés, à peine recouverts de quelques fleurs passagères, de quelques voiles transparents ; quel est cet homme qui puisse se nommer chrétien et digne d'enfant de Dieu et de frère de Jésus Christ? Et pourtant sans ce titre, pas de salut

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possible , pas de refuge et paî? d'avenir. Seigneur, Seigneur, tout vous est possible, jusqu'à arrêter la putréfaction de la matière, et à faire sortir les morts de leurs caveaux. Venez donc à notre secours, à nous qui malgré les ténèbres dont nous sommes entourés, attendons la lumière de votre avènement; qui malgi'é le bruit des flots qui passent en vagues effroyables par dessus nos tètes, entendons votre voix dans nos cœurs et sentons votre bras nous soutenir contre le courant qui nous entraîne. Venez, venez, Seigneur! Raffermissez notre foi, et ne permettez pas que ceux que vous avez rachetés par votre sang et votre martyre, périssent engloutis par les sables du désert.

«Et Pierre lui dit: Quand tous seraient scandalisés à cause de vous, moi je ne le serai pas.» Saint Marc, U, V. 29.

Seigneur, que de fois nous vous renions par nos actions, sinon par nos paroles, et combien rarement les larmes de la pénitence suivent et expient notre péché. Seigneur! accordez-nous ces lannes précieuses, attendrissez nos consciences, rendez-les scrupuleuses, placez votre sceau sur nos lèvres et gardez-nous des paroles oiseuses qui vous offensent et vous renient par conséquent.

Lïnstitution du sacrement est le point culminant de

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rAiicien Testament. Une fois le grand mystère du sacrifice non sanglant, enseigné par Melchisédech, prêtre du Très-Haut, à Abraham — mystère que David, ce grand réfoimateur, avait reconnu et cherché à propager — que les Esséniens, la plus pure et la plus mystique des sectes judaïques, pratiquaient par anticipation; une fois ce grand et consolant mystère devenu pain quotidien, la mission de TAncien Testament était achevée. Une nouvelle loi, la loi de la grâce, une fois établie, tout était dit et accompli. Le vhi nouveau demandait nécessairement de nouveaux vases, de nouvelles fonnes plus larges et plus propres à le contenir. L'homme mis en communauté directe avec son Père et son Dieu, reconnu par ce Père comme son fils et l'héritier de son royaume, devait avoir d'autres aspirations, d'autres désirs et un autre langage que Tesclave se tenant à la porte de son maître sans oser y heurter.

«Nul n'est prophète dans son pays.» Saint Marc 6, V. 4.

Cette sentence est passée en proverbe, si bien que la plupart de ceux qui la répètent ne savent même pas d'où elle est tirée. Le vulgaire veut de l'éclat et du mystère, du vague et de Finattendu. Aussi l'homme simple et laborieux, soumis à ses parents, pratiquant eu silence les vertus de son état, humble entre les humbles, modeste entre les modestes, et dont la mère seule «recueillait les paroles dans son cœur», n'avait pas de quoi frapper les esprits de ses concitoyens. Aucun d'eux n'avait été

le confident de ses secrètes méditations, des longs combats de son âme divine, de la lutte qui s'était sans doute livrée entre ses instincts humains- et les inspirations divines, lutte qu'il nous est permis de supposer, puisque lui-même nous Tindique par les angoisses de sa passion, par cette sueur de sang qui découlait de son corps mortel, par ces mots terribles de douleur: oMon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?» et ce cri final: *Consummatum esU. Aucun d'eux n'avait vu en lui le verbe de Dieu, relégué volontairement sur la terre, n'avait été admis à alléger le fardeau de nos péchés et de nos misères, que seul il s'était imposé. Tout ce que ces esprits matériels et vulgaires pouvaient comprendre, était un Messie glorieux et resplendissant comme leur roi Salomon, un vengeur de leurs maux comme Samson, un guerrier qui ferait couler le sang de leurs ennenus, comme l'avait fait Josué, et qui planterait leur bannière triomphale sur les murs de l'ancienne cité de leurs pères. La mission toute mystique, toute spirituelle, toute morale du Christ, fils de Dieu, devait être un mystère et une abomination à ces êtres qui ne comprenaient que la vengeance (œil pour œil et dent pour dent), et l'extermination ou l'esclavage de tout ce qui n'était pas de la descendance chamelle d'Abraham. Gomment le fils du pauvre charpentier Joseph aurait-il pu persuader leurs cœurs abrutis par les soucis matériels de l'existence, et trouver grâce devant leurs yeux fermés ou obscurcis par les ténèbres de l'obstination et de l'ignorance ?

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