‹ Un portrait russeChapitre 123 sur 143 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

«Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses. Si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde entier puisse contenir ce qu'on en écrirait.» Saint Jeatij 21, V. 25.

Sans doute elles sont innombrables ses œuvres, car avant la création du monde, elles l'étaient déjà, et depuis cette création, faite par son entremise, elles n'ont jamais cessé. Qui saurait les compter? Qui saurait seulement les imaginer? Et comme chacune de ces œuvres est un acte de miséricorde et d'amour, comment évaluer la reconnaissance dont nos cœurs devraient être remplis envers lui!

La grande difficulté pour nous autres, malheureux, est de nous persuader que la vie est courte. Elle nous paraît si longue, si triste, les heures et les jours s'écoulent si lentement, dans une si mortelle désolation que la fin semble reculer devant nous, comme la halte qu'on attend après un long jour de marche dans le désert. «A quand, Seigneur, à quand?» nous écrionsnous avec le Psalmiste tous les jours, et l'attente et l'angoisse ne font qu'allonger le temps si long de notre pèlerinage.

«Il a pris sur lui nos infirmités et a porté nos afflictions», Isaïe, 53, 4.

Depuis la chute des anges jusqu'à nos jours, c'est toujours Lui qui souffre pour tous. Incamé en nous, c'est Lui qui porte notre croix et souffre de nos passions et de nos faiblesses. Ce n'est que son identification avec nous qui rend cette croix efficace et propre à nous sauver. Lui-même, impeccable, Il participe aux peines de notre pénitence. Agneau sans tache. Il s'immole sans cesse pour le rachat de nos âmes. Immaculé luimême. Il ne cesse de subir avec nous la purification de nos crimes. Voilà son véritable matyre dont la mort ignominieuse infligée par son peuple et subie dans un coin de son royaume, n est que le résumé et le symbole; martyre immense, abîme de souffrances et de tourments qui dure la durée de l'univers et ne cessera qu'avec sa fin, que Tamour incommensurable d'un Dieu peut seul supporter, et que notre intelligence bornée ne saurait comprendre. Et cette mort jgnomim'euse qui, éprouvée par l'amour de Lui une seule fois, suffit j)Our gagner la palme du martyre et l'auréole du saint, se reproduit pour Lui dans la mort de chacune des millions de ses créatures qui meurent tous les jours. Toutes les angoisses, toutes les terreurs, tous les désespoirs des derniers instants de l'homme, depuis le tyran sur son trône jusqu'au galérien enchaîné à son camarade de crime, cet Homme-Dieu, ce divin Sauveur, ce Maître et ce Frère, en ressent le contre-coup. Il souffre partout et avec tous, sans que nous ayons conscience ou pitié de ses tourments. Tous, nous regardons, sans nous émouvoir Celui que nous avons percé, et ne faisons que rendre un muet témoignage

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