‹ Un portrait russeChapitre 124 sur 143 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

du sang et de Teau sortant de la plaie que nous lui infligeons.

«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?» Matth. 27, V. 46.

Voilà ce que nous nous écrions tous dans l'angoisse de nos peines et de nos souffrances. Et cependant si nous voulions rentrer en nous-mêmes et scruter notre conscience , nous trouverions que ce n'est pas nous qui avons été abandonnés de Dieu. Revenons donc à Lui, abandonnons nos désirs, nos passions, nos espérances, et même et surtout nos volontés à sa puissance et à sa discrétion. Ne nous raidissons pas contre ses décrets, acceptons les chagrins, les ennuis, les humiliations et les déceptions du monde, comme autant d'épreuves qu'il permet pour mieux nous épurer, comme des châtiments et des expiations de nos nombreux péchés, de nos déviations sans nombre. Disons-nous que, quelle que soit la main qui nous les inflige, nous les avons grandement mérités. Soyons convaincus que notre Père étemel dans sa grande grâce et son infinie miséricorde, ne nous inflige que ce qui nous est bon, et mesure le joug qui convient à nos forces et à notre faiblesse.

«J'ai détourné de vous ma face dans le courroux d un moment; c'est avec une affection sans bornes que j'aurai pitié de vous», dit le Seigneur, notre Rédempteur. Isaïe, 54, V. 8.

Ayons donc bon courage, nous affligés, troublés, persécutés et trahis. La vie est courte, l'éternité est immortelle. Le courroux du Seigneur est de peu de durée, sa miséricorde est aussi infinie que son pouvoir et sa justice.

VAEIANTES ET NOTES.

Les manuscrits laissés par M*"® Bagréeflf-Spéranski portent plusieurs rédactions de la même pensée. Quelques variantes m'ont paru devoir être reproduites, afin que le lecteur puisse les comparer avec le texte choisi dans le volume, et juge en même temps si en quelques endroits elles n'ofirent pas un tour préférable qui montre mieux le premier jet de la pensée.

L'AMOTTB KATEBMEL.

L'instinct maternel est le sentiment que la nature implante dans le cœur de chaque femelle pour Têtre qu'elle porte dans son sein. C'est une loi de la procréation; sans elle le monde ne pourrait exister. C'est l'amour à l'état de rudiment. Dans les animaux, ce sentiment extrêmement intense ne dure qu'autant qu'il est nécessaire à leurs besoins; une fois indépendant, il s'efface comme s'il n'avait jamais existé. Là gît la su-

périorité des hommes sur les animaux. Ses instincts deviennent des affections. Ils croissent avec l'habitude, ou plutôt tout ce qui est matériel en eux s'épure dans le foyer d'amour que le Seigneur a allumé dans le cœur de l'homme; tout ce qui ne tenait qu'à Tinstinct disparaît pour faire place au sentiment, au dévouement, à l'inaltérable affection, que ni le temps, ni même Tingratitude ne peuvent vaincre. L'amour d'une mère pour son enfant est le reflet de l'amour de Dieu. Qui saurait en mesurer les abîmes, puisque tant de milliers de faiblesses, de fautes, de crimes, d'ingratitudes, de lâchetés, d'horreurs et d'infamies n'ont pu les combler. Seigneur, aimez-moi de cet amour de mère; que je le sente cet amour, et qu'il remplace pour moi tous ceux que j'ai perdus. Seigneur, je suis ingrate, je le sais; je recherche c^ncore les consolations du monde, les affections de la terre. Seigneur, souvent les enfants sont aveugles et volontaires, sans que pour cela la mère se lasse jamais de les aimer. Aimez-moi donc, oh! mon Dieu, vous m'avez repris l'amour de celui qui vous remplaçait ici-bas pour moi, et rien n'a jamais remplacé cet amour suprême. Tous les autres ne sont que déception, vanité et égoïsme.

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