CHAPITRE DEUXIÈME
ne se départait jamais pour assurer le bien-être de ses serfs.
Ces arrangements pouvaient suffire à la condition présente des honmies faits; mais ils n'assuraient pas l'avenir qui était dans ses vues.' Elle voulait arracher la nouvelle génération à l'espèce d'abrutissement qui pèse sur la population de la Petite Russie, et pour tenter Tentreprise avec des chances de succès il fallait prendre cette génération au berceau et commencer par l'éducation de l'enfance.
De là Térection de ces asiles où étaient reçus et soignés les enfants, même ceux qui étaient à la mamelle, s'il y avait nécessité. De la sorte ils n'étaient pas laissés seuls dans les maisons où ils avaient couru des dangers pour leur santé ou pour les mœurs. Ensuite ils étaient surveillés, et la propriétaire qui passa tant de joumées dans ces salles de charité, cabanes d'enfants comme on les nommait, s'occupait de former le cœur et l'esprit (le ces petits êtres'.
* Le malheur est père de la prévoyance. Un enfant dé- Torc par un cochon, telle fut la cause occasionnelle de l'établissement des salles d'asile. Voici comment.
Deux bambins de cinq et de trois ans étaient restés seuls à la maison: leurs parents étaient aux champs, et en partant leur avaient laissé des tartines au beurre. Ils sortent dans la petite cour qui règne devant la cabane, chacun avec une de ces tartines; le plus jeune frotte la sienne contre ses vêtements, il en ôte le beurre, il pleure; et son frère aîné doit lui aller quérir une autre tartine dans la chaumière. Pendant ce temps, un cochon qui rôdait dans la cour flaire l'enfant, lui lèche son tablier et sa robe, trouve ce linge gras de son goût, loi lèche aussi le pied nu et le mord. L'autre enfant arrive aux cris de son frère, il veut écarter le cochon qui résiste
Parmi les plus grauds de ces garçons et de ces fillettes, eu trouvait-elle un d'une constitution délicate ot d'une intelligence précoce, elle le réservait à une instruction élémentaire. Quand elle eut une vingtaine de ces garçons aptes à fétude, elle établit et entretint à ses frais Vévole du village. Pour les petitc^s filles, elle fonda un ouvroir de filature, dans lequel une maîtresse leur enseignait Vart de filer et Varf de tisser de fine toile.
Les adolescents (jui avaient quitté Técole et n'étaient pas encore de force à travailler aux champs entraient dans des ateliers de tisserands, de fabricants drapiers, et autres, soit pour s'occuper, soit pour se former à ces métiers. On estimait et rétribuait leur travail en décomptant une légère retenue pour leur nourriture <»t leur habillement. Les garçons robustes trouvaient de la besogne et des directions agronomiques dans différentes fermes modèles, organisées jiar les ordres de M'"'' Bagréoff".
Elle établit un hôpital où, durant répidémie, comme nous Tavons raconté, les malades étaient soignés à ses frais , et où ils le furent après encore quand les jours noirs, conmie les Ukrainiens appellent les jours d'adversité , furent passés. C'est un bâtiment simple et de
en grognant, et continue à manger le pied du pauvre petit Alors le grand crie à son tour, va chercher du secours; mais personne au village, tout le monde est à la moisson. Il ne trouve qu'un écloppé qui arrive lentement: mais c'était trop tard. Le malheureux enfant n'avait plus le bas des jambes; le sang s'épanchait à flots .... Le médecin de Pendroit arriva, c'était encore trop tard. Deux heures et demie après, Penfant expirait dans les souffrances.
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pauvre apparence, sans autre luxe que celui de la propreté, mais il suffit aux besoins des paysans, ayant été institué pour eux. Quelques chambres commodes y ont été ajoutées h l'usage dos geiisplus riches^ qui demandaient à y entrer. Le malade paie trois roubles argent (environ \ 2 francs) par mois ; ceux qui sont guéris avant ce terme soldent le mois entier, excepté ceux du domaine de Bouromka, pour lesquels radmiuistration du bien paie tant par jour, au prorata de la rétribution mensuelle, c'est-à-dire dix kopeks (25 centimes). Comment est-ce à si bon marché? D'abord il y a une compensation de ceux ([ui coûtent plus par ceux qui restent moins. Ensuite on s'approvisionne en gros de médicaments, et on se les procure argent comptant, ce qui assure et le bas brix et l'escompte; les linges et les appareils nécessaires sont des dons gratuits de la maîtresse de maison; les médicaments minéraux et végétaux étrangers sont manipulés dans la pharmacie de l'hôpital par un élève indigène à tôte crépue. D'ailleurs l'emploi en est restreint à cause de leur cherté, sauf toutefois la quinine dont il faut user beaucoup contre les fièvres tierces et qui est le gros de la dépense. La steppe riche en simples fournit les ingrédients des mixtures et des électuaires efficaces. Ainsi ces herbes salutaires et balsamiques guérissent l'homme, autant qu'elles conservent les troupeaux; et, en botanisant, le docteur et son élève récoltent des plantes médicinales. Les opérations chirurgicales et le pansement des plaies étaient Tapanage et la marotte du docteur qui devait ainsi payer son plaisir où il le trouvait, et qui, suivant la croyance des paysans, leur ôtait les infirmités
pour s'en charger lui-même. «Malheur! malheur», B'écria un d'eux en apprenant un jour que leur médecin souffrait; ace n'est pas étonnant, il y a assez longtemps qu'il prend nos maladies; malheur! »
Les prêtres reçoivent une subvention pour desservir l'hôpital: ils y prêchent, ils disent les offices ordinaires; de plus, les dimanches et les fêtes, les offices particuliers de l'Église grecque non-unie, dans la salle principale de l'hôpital. Après la messe le prêtre porte de lit en lit la croix à baiser aux malades.
L'Ukrainien est patient dans ses maux. Les convalescents hument Tair libre de la vaste steppe, se réchauffent aux rayons du soleil ou se reposent à l'ombre des arbres, dans le jardin qui entoure l'hôpital. En bas de la terrasse s'étend le lit fangeux d'une rivière ; non loin de là, un bois de chênes, rares dans ces contrées, arrête agréablement la vue. Les incurables mêmes espèrent guérir. Plus d un de ces valétudinaires contemplatifs ou de ces vieillards mourants, enraciné à la teiTe , jette un regard d'envie vers les vagues et lointains horizons, aspire à l'espace sans bornes: alors il a comme des réminiscences de la vie nomade de ses aïeux, et mêle d'instinct le souvenir d'un passé qu il n'a connu que par chappées , au pressentiment de sa destinée d'outre-tombe.
Autre résultat d'une sage administration. L'ivrognerie et le vagabondage coutumiers disparurent de Bouromka. Le docteur rencontrait-il un vieillard pris de vin? Il le prenait sur sa voiture, le coilduisait comme un malade à l'hôpital, et lui donnait une correction. L'homme touché de ce procédé, de cette indulgence, et