‹ Un portrait russeChapitre 19 sur 143 · CHAPITRE DEUXIEME. ki · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME. ki

ménagé dans son amour-propre, s'efforçait de ne pas récidiver. Ces gens qui étaient le scandale du district en devinrent le modèle. Les punitions corporelles de plus en plus rares sont infligées par douze anciens^ qui siègent au comptoir leur bâton blanc à la main; les paysans sont ainsi jugés par leurs pairs, garantie d'impartialité. Dans un laps de temps considérable, on recourut à la force seulement deux fois pour obtenir une juste obéissance: les paysans refusaient de faire la rentrée des foins un dimanche après les pluies de la semaine, quoiqu'on eût employé les moyens de persuasion pour les déterminer, et que le pope lui-même leur eût expliqué que Tœuvre servile est permise ce jour-là en cas de nécessité et n'offense ni Dieu ni le tzar. On administra avec V assistance légale les verges à quelquesuns: f< Tenez bon,» leur criaient ceux qui étaient encore spectateurs et s'attendaient à être patients. Quand vint le tour du quatrième, qui, paraît-il était un favori, ils exclamèrent: «Arrêtez! nous irons, nous ironé aux champs.»

Les femmes, têtues de leur côté, ne voulaient pas suivre les ordres d'un chef peu aimé dans un ouvroir, mais établi d'autorité. Elles s'exhortaient mutuellement à la résistance, mais la calme menace des verges suivie d'un commencement d'effet sur quelques-unes, qui ne tenaient pas leur langue au chaud et poussaient des cris d'aigle, coupa court à toute velléité ultérieure de révolte, et dès lors toutes filèrent doux.

Les travaux de l'économie rurale s'exécutaient avec lenteur et indolence. On introduisit le mode des tâches^ toujours plutôt au-dessous qu'au-dessus des forces

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des paysans, qui se hâtent de les achever, ayant pour eux le surplus du temps qu'ils dissipaient naguère et qu'ils emploient à gagner quelque argent dans les fabriques. Celles-ci ont toujours besoin de bras.

On fait exécuter rigoureusement les lois de l'empire et les ordonnances du gouvernement — moyen de garantir les droits réciproques des possesseurs et des serfs dans les domaines. — Le comptoir où l'intendant a la haute main, et où ne sont que des employés élevés à l école du village, possède la gazette de la province, et le Swod, recueil des lois dont on explique et commente le texte aux paysans mêmes, chaque fois que loccasion s'en présente; mesure très-sensée et salutaire, qui, si elle eût été générale, aurait préparé la masse à la crise, actuelle pressentie et redoutée depuis longtemps *.

A la demande du gouvernement russe , un rapport considérable sur les améliorations agricoles, industrielles et moVales de Bouromka, fut envoyé à Saint-Pétersbourg, mentionné avec éloge, et imprimé tout au long dans le Journal du ministère de ï intérieur (janvier et mars 4847), sauf le point douteux où le docteur expliquait la persistance de. l'ancien type slave de l'Ukraine, malgré de peii)étuels croissements de races résultant de perpétuelles invasions, par la théorie physiologique qui admet que la femme est le principe des formes chez les enfants et moule pour ainsi dire à sa ressemblance les germes inhérents à la mère et fécondés par le concours de la virilité.

* Voir la Vie de château en Lkraine de M"** Bagréeff- Spéranski. Bruxelles chez Aug. Schnée. 1860.

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