‹ Un portrait russeChapitre 22 sur 143 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

gi-és pour comprendre sa dignité et sa valeur, et pour ne pas les séparer de Tobéissance politique et de l'ordre commun, sans quoi il procéderait par secousses, et au lieu de se former, de se constituer, il se précipiterait dans Tanarchie qui est un retour infaillible à un pire despotisme.

Principalement sous Louis XI en France s'établirent les communes, qui, entre parenthèse, ont pour l'heure un rôle eflFacé; les corporations de métiers, les franchises de la bourgeoisie s'organisaient. Les fiefs rachetés par le roi entraient comme partie intégrante dans le domaine d^ la couronne; les serfs qui n'étaient plus sous la dépendance immédiate des barons et des comtes sentaient leurs colliers s'élargir, et jouissaient des pâles primeurs de la liberté, comme d'un crépuscule qui console du soleil absent. Admirable travail d'unité qui n'aurait pas dû aboutir à la centralisation administrative; bien que nous approuvions la centralisation militaire pour la prépondérance civilisatrice de cette nation. Les communes avec les prérogatives municipales sont le berceau naturel de la liberté politique.

La Russie reproduit cette phase du moyen âge expirant, avec la renaissance littéraire de moins. C'est encore la féodalité germanique moins ses combinaisons civiles, militaires et religieuses, d'ailleurs toutes machiavéliques qui consolidaient l'édifice de l'oppression, citadelle bâtie contre l'humanité et qu'on voudrait éterniser. Ebranlez cet édifice par la base; s'il ne croule, à coup sûr il ne pourra s'élever davantage; ce sera la confusion, comme à la tourdeBabel dressée contre Dieu.

Ah! le souverain est courageux qui a prononcé l'ukase émancipateur. Quand Nicolas mourant appela le tzaré-

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witch pour l'entretenir en secret, il est à croire qu'il lui recommanda cette œuvre d'abolition du servage, comme le premier devoir du monarque et le moyen d'étayer de la sorte, sur la base du peuple, la dynastie des Romanoffs, contrecarrés souvent par les strélitzs séditieux ou violemment traités par cette noblesse parmi laquelle maintes familles briguèrent et envièrent le pouvoir suprême. ,

L'attribution des terres est la question brûlante en Russie dans la crise actuelle. Le tzar en aurait livré environ le quart en propre aux paysans, en réduisant aussi leurs corvées (pantchina) qui seront supprimées au bout de deux ans. Si ces renseignements sont exacts, il faut convenir que de tels règlements ne sont qu'équitables, quand même ils froisseraient les seigneurs ou les léseraient dans leurs rentes. £n effet, une simple considération: chaque famille n'aurait-elle pas amassé autant de bien qu'elle en reçoit à présent, si elle avait travaillé pour son compte depuis trois siècles? En dernière analyse, le servage est la puissance concrète du fort sur le faible; la propriété, d'autre part, quand elle n'a pas été le droit du premier occupant, droit toujoui-s limité à ses besoins et point étendu au-delà, la propriété était un droit de conquête dont la légitimité n'est pas facile à établir d'après les notions de la jurisprudence moderne. Arrêtons-nous de peur d'être entraînés à la révision subversive des cadastres, qui ne sont pas de date immémoriale pourtant, et qui n'existent pas en Russie, et puisque d'ailleurs les peuples semblent se pardonner entre eux ce mode d'acquérir. — Nous n'avons pas à parler de la propriété si honorable qui a

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