CHAPITRE TROISIÈME
SOMMÂIBB.
Isolement de Mme Bagréeff en Ukraine. — Elle y traduit les oarrages de 8on père. ~ Visite de son fila ( I8V4), transféré en Petite Bassie et mort dans le Caucase. — La chapelle commémorative de ce deuil à Bouroraka. — Séjour de Mme Bagréeff à Odessa avec sa fille. — Mort de M. Bagréeff (18V5). — Mariage de sa fille. - Voyage à Paris, à Bruxellei, à Genève et en Italie (1gi6). — Voyage en Orient (1847). — L*âgypte sous Méhémet-Âli. — Les harems des filles du vice-roi. — Esclavage des femmes. — Vie du harem. — Émancipation des femmes par une révolution éventuelle. — L'influence de l'Europe dans le Levant et le percement de l'isthme de Suez. — Intérieur et organisation du harem. Les eunuques. — Difficulté de l'émancipation des musulmanes. — Mariage d'Aobmet-PacEa. — Fétos, concerts, représentation thé&trale. — La mère d'Abbas-Paoha.
Je voudrais tenter une description de la steppe, théâtre de ce servage pétri de misère. Mais cette digression justifiée par les circonstances et qui, à mon regret, n'a pas élucidé à mon gré le problême, est déjà trop étendue, et je dois en revenir au sujet. M"* Bagréeff, dans cette vie intérieure où nous l'avons laissée, s'occupa de l'éducation de sa fille jusqu'à l'hiver de 1 844 où le père jugea à propos d'avoir quelques mois cette jeune personne auprès de lui à Saint-Pétersbourg. Sur ces entrefaites , M. Michel Bagréeff changeait de garnison et était transféré en Petite Russie; il pouvait de temps à autre aller voir sa mère, comme il fit en février 1844. M"** Bagréeff remplissait ses heures de solitude par la lecture attentive des manuscrits
56 UN PORTRAIT RUSSK.
théologiques de son père. C'est ainsi que dans les longues soirées de Thiver, elle avait traduit en allemand les méditations sur un certain nombre des versets de l'Évangile de saint Jean ; commentaires souvent divers sur un même texte, et en dehors de la tradition orthodoxe; interprétations souvent très-individuelles qui tiennent plus de deux cents feuillets d'un manuscrit in-folio, et dans lesquelles l'ancien secrétaire de l'empire penche visiblement au symbolisme délétère de la lettre des Écritures sacrées. Cette étude laissa dans l'esprit de M™* Bagréeff des traces profondes, que nous pourrons remarquer plus tard , et imprimèrent des directions particulières à son esprit.
A cette époque la pauvre mère fut attristée par le départ de son fils qui voulait prendre part à une expédition dans le Caucase dont il ne revint plus: elle avait eu le pressentiment que cette séparation serait éternelle. Lamentable malheur! C'était pendant une nuit d'orage: en soi-tant du quartier de rétat-major,à causedu temps, il ne put retourner dans son cantonnement et accepta, dans un village peu éloigné,rhospitalité du même homme qui lui fut si fatal. Dans son sommeil il entendit du bruit dans la chambre voisine, se leva et vit deux camarades ivres, dont l'un était son hôte, ayant une rixe; et il s'interposa pour les séparer et protéger le faible contre le fort. «Éloignez- vous » , lui dit l'un d'eux en fureur. Une épée frappait en même temps la poitrine du jeune officier; il tombait percé par un frère d'armes. Ainsi s'évanouit, par une fatalité terrible, tant de beauté et d'espérance.
Le docteur de la maison fut chargé de communiquer la