‹ Un portrait russeChapitre 26 sur 143 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

nouvelle de cette catastrophe à la mère. Ému, bouleversé malgré ses efforts pour conserver à son visage une apparence de calme, à peine avait-il prononcé le nom de Michel, que la mère s'écria d un accent qui déchirait le cœur: y II est mort! »... Alors elle pleura toutes ses larmes, et se jetant à genoux, elle pria avec ferveur pour le fils unique qui lui était ravi. Puis elle demanda les détails de cet affreux malheur; elle écouta d'un air tranquille. Le récit tenniné, elle joignit les mains en disant: aObl père qui êtes au ciel, soyez miséricordieux envers le meurtrier de mon^pauvre Michel. Mon fils est bienheureux; il est retourné dans sa patrie et sa plaie n'est douloureuse qu'à ma poitrine! Mais plus douloureuse est encore la plaie de la mère du meurtrier. Père céleste, mon Dieu, donnez à cette femme pitoyable dé pouvoir supporter sa peine.» Elle se releva apaisée, seulement à de fréquents intervalles coulaient de douces larmes. Elle acceptait cette immense épreuve avec une admirable résignation à la volonté divine. Elle rappelle ce néfaste événement dans ses Méditations chrétiennes : «Il était jeune, il était plein dHtvenir cet enfant pacifique ... fils unique, il était la joie et la vie de sa mère.

«(Quand sa dépouille fut amenée vers le cimetière où elle devait reposer, elle passa devant la prison où le meurtrier attendait son jugement. Attaché aux barreaux de cette prison, il suivit le char funèbre ... et se jetant la face contre terre, il versa ses premières larmes de repentir . . .

vDans une église de village, en Ukraine, est placée une tablette de marbre blanc. Au-dessus, incrustée dans le mur de cette vieille église, se voit une image

de la sainte Vierge. Une auréole d'or entoure la tête de la mère et de l'enfant; un long voile épais les enveloppe tous deux ; leurs visages ont la beauté austère, macérée et impassible des tableaux byzantins Devant l'image et le marbre règne un autel couvert de velours noir semé de larmes d'argent. Sour l'autel brûle une lampe perpétuelle, symbole d'immortalité et sont posés un vase de miel, symbole des délices futures, et une image du saint patron du défunt. Le marbre porte en lettres d'or la date de sa naissance et celle de sa mort rappelée en peu de mots. L'inscription est terminée par ces paroles: «Vous qui priez pour son âme, priez aussi pour que Dieu fasse miséricorde à celle de son meurtrier.» Un vieux prêtre dit là, les dimanches et les fêtes, les oflSces pour le repos de l'âme de ce jeune martyr de la paix. Les nombreux habitants de ce village, qui devait lui appartenir un jour, viennent se prosterner devant cet autel, et prient avec d'amers regrets et une sincère ferveur pour que Dieu accorde j-a lumière à celui qu'ils avaient déjà nommé de son vivant le lion. Les femmes le pleurent comme leur propre fils, et les jeunes filles ornent son autel des fleurs de ces steppes qui devaient être son héritage. La sainte Vierge Marie élevée au-dessus de ce simple monument, semble le protéger et sourire à la piété du souvenir.»

Loin de cette pierre lugubre où elle aimait à s'agenouiller, loin du tombeau de son enfant dont le nom même était inconnu, dans des pays étrangers, la pauvre mère ne put que pleurer et prier.

Dix jours après avoir connu cette fatale nouvelle, M"® Bagréeff arrivait de Saint-Pétersbourg auprès de sa

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