CHAPITRE TROISIÈME. Ô
mère. Ce fut une scène émouvante De trois enfants, c'était le seul qui lui restait. Elle voulait concentrer sur sa fille tout son amour, toute sa tendresse, mais elle n'y parvenait pas. Le souvenir de son fils mort la poursuivait sans cesse et partout de visions maladives qui menacèrent de lui enlever la raison. Toutefois, une nature forte, une grande religion, la sollicitude de son entourage, sauvèrent cet esprit ébranlé; elle se remit peu à peu de ce triste état, elle reprit de la quiétude, ces hallucinations devinrent rares, puis cessèrent. Dans cette disposition d'âme, pour se fortifier, elle s'occupa avec plus de zèle et d'activité de ses œuvres de bienfaisance. Moins oppressée par son chagrin, occupée de l'éducation de sa fille, vouée à la charité. M"® Çagréeflf consentit à quitter Bouromkà pour Odessa, sa fille étant trop jeune pour vivre recluse à la campagne.
Elle arriva à Odessa vers le milieu de l'automne de 1844. M*"* Bagréeif en deuil ne fréquentait pas la société. La comtesse T *** chaperonnait sa fille. M"* Bagréeif recevait seulement quelques amis qui faisaient parfois une partie de whist. Ces soirées ne plaisaient guère à M^® Bagréeif. Aussi sa mère admettait-elle de temps en temps des jeunes gens dans cette réunion d'hommes sérieux; et c'est alors que lui fut présenté le prince Cantacuzène, qui devait devenir son gendre.
Revenue à la campagne. M™® Bagréeff crut ne pouvoir mieux se rétablir que par un emploi rigoureux du temps. Elle distribua les heures de la journée et suivit ponctuellement cet horaire. Par exemple, après le thé, elle se permettait de lire quelques nouveautés littéraires de l'Angleterre; et avant de se coucher elle écrivait quelques
lignes dans un joiinml intime, si bien caché qu'un hasard seul le découvrit deux ans avant sa mort à la personne qui en reçut le legs.
L'année 4845, une famille vint passer les mois de juin et d'août chez M™® Bagréeff; il se produisit des incidents secondaires. Ce même été, M. Bagréeff devait visiter son bien, et dans le dessein de visiter aussi celui de sa femme, s'annonça d'un ton sarcastique. A cette nouvelle. M™* Bagréeff tombait en léthargie. Que faire dans cette situation anxieuse? Après une consultation intime, il fut entendu que la fille irait le lendemain à la rencontre de son père et l'engagerait à se rendre en droiture chez lui. On communiqua ce plan à M°*® Bagréeff, revenue à elle-même; elle y souscrivit sans beaucoup de résistance. Le lendemain , M"® Bagréeff accompagnait son père, restant chez lui une semaine. Bientôt après il mourut d'un coup d'apoplexie. Quand M"* Bagréeff l'apprit , elle fut désolée, elle se reprocha vivement d avoir refusé cette main qu'il lui tendait en signe de réconciliation. Elle ne se pardonna jamais ce moment d'aversion. A la nouvelle de la mort de son mari. M"® Bagréeff tint le lit, de sorte que M"* Bagréeff fut obligée de partir seule pour le bien de son père. Une semaine après sa mère la trouvait complètement installée. Répudiant un premier choix dans le mariage , M"® Bagréeff déclara ' agréer pour époux le prince Cantacuzène, second prétendant.
M"*® Bagréeff ayant mis en ordre les affaires de son bien , fit vœu de partir pour la Terre Sainte après le mariage de sa fiUe. Accompagnée de sa tille, elle quitta Bouromka le 8/20 Janvier 1846,- et, traversant Vienne,