CHAPITRE PREMIER
avaient préparé une réception réservée aux princes du sang. M. Spéranski voyait alors son crédit d'honnne d'État atteindre Tapogée. Si je mentionne avec quelle pompe M*^*^ Spéranski fut reçue, c'est pour faire ressortir comment plus tard M"'® Bagréeff fut traitée par la légation russe à Vienne, quand elle fut tombée en disgrâce. Souvent d'ailleurs elle épi'ouva les contrastes de Texistcnce, passant de la vogue à Toubli, de la fortune à la pauvreté, objet d'adulation ou de haine; mais aucun changement extérieur ne pouvait altérer son caractère, n'étant ni enflée dans la prospérité ni abattue dans la détresse, remerciant Dieu des faveurs de sa bonté et acceptant les revers avec la résignation (Vune âme sereine.
Revoir son père fut pr>ur M"^ Spéranski un des plus doux moments de sa vie. Quand elle reparlait de ce jour, elle ne pouvait tarir sur le bonheur qu'elle avait ressenti. En effet son cœur ainiant trouvait à s'épancher dans le cœur noble de ce père qui pour elle résumait toute la famille. Ce fut au reste son sort constant de concentrer ou de ramener là ses affections; jeune tille, son père était son confident; épouse mal partagée, son père était son refuge; veuve, vers son père convergeaient ses bons souvenirs qui étaient autant de regrets.
Le séjour de Kieff fut destiné au développement corporel de Tenfant; celui de Saint-Pétersbourg devait servir à la culture intellectuelle et morale de M"*' Spéranski. Son père lui-même l'instruisait: fils d'un pope et luimême élevé dans le sacerdoce, il s'occupa de l'enseignement religieux de son enfant comme appartenant de droit à son ancien état de séminariste.
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Quand son père était à la njaison, elle travaillait toujoui-s dans le cabinet de riioiume d'État. Annonçait-on quelqu'un? En hâte elle s effaçait sous la capote d'un globe artificiel jusqu'au départ du visiteur. C'est dans cette cachette qu elle surju-it l)ien des secrets i)olitiques qui sont restés gravés dans sa mémoire , mais qu'elle y renfermait obstinément. Ce n'est qu'en son âge avancé qu'elle en fit de rares confidences à une personne sûre et dévouée. Dans l'absence de son père, des maîtres lui donnaient des leçons sous la surveillance de l'aïeule. Aussitôt son père revenu, elle travaillait comme de coutume et ne songeait i)as même à jouer, tant elle était avide de chaque i)arole sortie de cette bouche, tant elle craignait de i)erdre un geste de ce père adoré.
Cet heureux temps dura jusqu'en 1812. Un matin du mois de mars on remit à Tenfant ces mots écrits au crayon: Je suis ex4\ù; comme on ne m'a donné qttmic demi-heure pour faire mes préparatifs, je suis allé deux fois à ta porte 2>onr te dire adieu ^ mais je n'ai pas osé troubler ton sommeil. Je fai bénie de loin et je désire que tu me rejoi(jneSj avec ta (/rand'mère, ton oncle ctBellaÀi NijuciSoicgorod, aussitôt que tu auras
tout arrangé ici d'a2>rès ks ordres suivants Ton
père.
L'enfant qui a joué la veille avec ses poui)ées doit se lever jeune fille; cette transformation s'opère. M"* Spéranski est bouleversée par la nouvelle soudaine de cet événement dont elle ignore la cause fatale; mais elle se remet de ce coup, et reçoit avec dignité le chef de police qui lui offre ses services et sa protection ; de quoi elle le remercie avec une assurance mêlée de dédain.