‹ Un portrait russeChapitre 35 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ce qui constitue le bien-être et les agréments de l'existence dans les idées de TOrient. C'est la retraite favorite des hommes : là se concentrent le luxe et les richesses de chacun, et dans un climat où les trois quarts de Tannée se passent à rechercher le frais et le repos, ce harem protégé contre le soleil et ouvert à la brise ne laisse pas d'attirer la mollesse méprisable et une honteuse oisiveté.

Si le harem est nombreux, la maîtresse ou les maîtresses ont pour se distraire la direction de l'intérieur, les émotions de la jalousie, et des soins très-futiles sans doute à notre point de vue, mais très-importants au leur. Elles communiquent avec le dehors par leurs maris, leurs fils, leurs frères et les fils de leurs frères, les seuls hommes qu'il leur soit permis de recevoir, selon les lois du Coran. Elles peuvent recevoir à toute heure des connaissances de leur sexe. Elles peuvent sortir. Elles ont pour réunion générale les bains publics où se colportent les nouvelles et les cancans de la ville. Elles ne seraient pas femmes si elles ne savaient pas prendre une influence quelconque sur leurs maris, et le nombre des maris dominés par leurs femmes n'est pas moindre ici qu'en Europe: il s'agit des femmes légitimes, bien entendu. Pour les esclaves, quoique leur sort soit moins rigoureux qu'on ne se lïmagine, il est différent comme de raison; et la femme légitime peut les chasser de sa présence, et les vendre s'il lui plaît. Dans le cas où une esclave devient mère, elle a des privilèges qui approchent ceux de réponse. Ces mœurs singulières doivent susciter des haines et des jalousies fréquentes: une telle maison serait l'enfer en Europe. Cependant

d'ordinaire tout se passe tranquillement en Orient. J'ai vu moi-même deux femmes d'un même homme non seulement se tolérer, mais se porter une affection réciproque très-sincère; la jeune respectueuse envers la vieille, et la vieille caressante et maternelle pour la jeune. J'ai vu dans un autre harem Tenfant d'une esclave dorloté et gâté par la maîtresse du harem, et la mère traitée avec une affectueuse bienveillance. J'étais étonnée; on m'assura que ce support mutuel n'était point rare, et que l'exemple de Lia et de Rachel conduisant elles-mêmes une esclave dans les bras de leur époux, était assez fréquent pour qu'on ne songeât pas à le remarquer. Après cela, comprenez TOrient.»

L'auteur que je combattrai, estime qu'en cas de viduité, le harem peut devenir une sorte de couvent séculier; oui, mais dans lequel à coup sûr la dévotion entrera la dernière. Qu'une veuve dirige cet intérieur, qu'elle reçoive les parents, qu'elle élève et dote des filles, c'est très-bien; mais elle n'aura jamais souci du mysticisme, et les femmes de cette catégorie sont trop sensées pour ne pas laisser l'exaltation fanatique et les pieuses jongleries aux mollahs et aux derviches qui sont du métier, et elles sont trop expérimentées pour courir après d'autres béatitudes que celles que le prophète a promises dans le ciel, et qu'elles tâchent, comme avantgoût, d'escompter sur la terre.

Ensuite, l'auteur ne dissimule pas en toute franchise et tout honneur, un léger penchant pour le harem, et se figure avec l'imagination, l'existence paisible et cachée que mènent ces femmes dans de discrets appartements: aLe soir, elles sont assises sous les ombrages, émues

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