‹ Un portrait russeChapitre 37 sur 143 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

et l'énergie intérieure, ainsi que par des améliorations physiques, les influences délétères de la température; en un mot, armé d'une volonté ferme, un peuple se peut modifier jusque dans ses entrailles; de fainéant, superstitieux, fanatique, intempérant et dissolu, devenir actif, éclairé, tolérant, sobre et honnête, principalement et presque infailliblement, quand ce peuple sera pénétré de ces beaux principes chrétiens, générateurs de la civilisation et des vertus privées et sociales.

Pour en finir, touchons maintenant deux mots de la constitution du harem. Dès qu'un homme est en âge de se marier, ses parents et ses amis lui cherchent une femme. Le hasard seul décide du bonheur de ces unions, comme la convention seule y préside. Après avoir payé sa dot, — car c'est l'homme qui achète sa femme, — et accompli mille cérémonies, l'époux installe chez lui dans son harem sa compagne munie d'un trousseau, et de bijoux, qui sont des présents de noces. Le harem chez les princes ou les particuliers très-riches, forme un palais ou un corps de logis isolé, et n'est que la plus belle partie de la demeure chez les autres. A moins d'être souverains ou princes du sang, les Turcs ne s'accordent guère plusieurs femmes légitimes , chacune d'elles ayant droit à un établissement séparé! L'épouse Siti (madame) ou Khanoun (dame souveraine) a des esclaves pour le service intérieur: l'une a le département des pipes, une autre celui du café, celleci a la surveillance des repas, celle-là la surveillance des appartements. Plus grande est la fortune de la maison, plus ces emplois se multiplient; ce sont les fonctions d'honneur. Les Abyssiniennes sont en sous-

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ordre et remplissent des fonctions inférieures. Elles remplacent, dans les maisons peu riches, les esclaves blanches qui sont toujours fort chères et se font de jour en jour plus rares et plus inaccessibles; viennent enfin les négresses, qui sont les femmes de peine et font les gros ouvrages chez les grands, et qui, dans les ménages pauvres tiennent lieu de tout le reste. Les Européens résidant en Egypte ne peuvent trouver que dans les esclaves des domestiques sûres; les femmes fellahines libres se prêtent peu au service intérieur et sont reléguées, par Topinion et les mœurs, au bas de réchelledela servitude, au-dessous même des négresses.

Les eunuques ne sont que les gardiens des harems, et servent en même temps de commissionnaires et de personnes de confiance.

n faut le dire à la honte des chrétiens: le monopole des eunuques appartient au couvent copte du Caire. Les religieux paient une forte redevance au pacha; ils achètent sur les marchés aux enfants des esclaves de toute sorte et les mutilent: six sur dix de ces malheureux meurent à la suite de cet attentat. Les moines vendent le reste très cher. — Ce pays est pétri de contrastes et d'anomalies.

Les eunuques sont réputés pour leur ruse et leur adresse. Us sont méchants et vindicatifs, détestant les femmes, et n'ayant pour les hommes que la soumission du faible au fort. Ils sont capables d'une fidélité instinctive envers leurs maîtres. On connaît ceux de l'histoire, et leur importance dans les intrigues de palais et jusque dans les affaires de guerre.

Les pro visions journaUères, achetées par des serviteurs

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