‹ Un portrait russeChapitre 38 sur 143 · CHAPITRE troisième · texte numérisé non relu

CHAPITRE troisième

sont déposées à là porte du harem où nul homme, esclave ou libre, ne peut entrer, sinon les parents, et le médecin dans quelques cas : d'ordinaire, il tâte le pouls à travers la grille. Les esclaves blanches qui appartiennent à la femme sont les concubines du mari. Cette dégradante coutume, à laquelle ne se plierait pas une Européenne abjecte, est là dans les convenances. Ces esclaves n'en sont pas moins soumises à leur maîtresse etrespecteuses, même lorsque étant devenues mères, elles partagent ses droits et ses privilèges.

Dans le cas de la maternité servile, le maître, suivant sa fortune, peut donner à sa concubine un établissement à part, subordonné cependant à celui de l'épouse légitime.

L'enfant d'une esclave, surtout si c'est un garçon, prend le pas sur elle. Dest assis sur le divan, tandis que sa mère le sert debout, aUume sa pipe et la lui présente à genoux: car, lui, c'est le fils de l'homme libre, et elle reste à jamais rivée à sa condition servile. Cela est dans les mœurs et ne choque personne. Drôle de sens moral chez les Turcs.

Le harem où l'homme passe sa vie depuis sa naissance jusqu'à sa septième année du moins et souvent jusqu'à la quatorzième, n'est-il pas bien plus que le climat la cause de la différence qui sépare l'Orient de l'Occident? Qu'on abatte ces prisons dorées, qu'on délivre ces captives, et alors on lira peut-être dans Torganisation intime et dans l'âme de cette branche de la race sémitique, nomade et pastorale à l'origine, et maintenant si dégénérée dans les hameaux et les villes.

Qu'on fasse l'éducation de la femme mahométane avant de l'émanciper, c'est ce que la prudence humaine commande autant que la loi divine, sans quoi le danger existe.

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Les Européennes sont trop libres et généralement ne sont p^as assez instruites, ou plutôt pas assez pénétrées des principes du devoir, pour demeurer sages et exemplaires. De là tant de destinées conjugales à plaindre. La servitude de FOrient fait peu de femmes heureuses; mais en revanche, dans Tétat présent, elle en fait moins de malheureuses que la civilisation européenne qui consacre leur indépendance; et cela, faute peut-être de culture intellectuelle et morale; avouons-le, la racine du mal est dans Tabsence de foi sérieuse.

uLorsde mon départ, dit M^^Bagréeflf, se c^ébraient des fêtes à l'occasion du mariage de la fille d'Achmet Pacha, ministre de la guerre, avec un parent du vice-roi: elles durent huit jours avant et huit jours après la célébration des noces.

Dans la salle de réception fort belle, nous trouvâmes, assises sur des fauteuils ou étendues sur des divans, les femmes les plus distinguées du Caire: rivières de diamants, nombreuses et belles émeraudes, toilettes somptueuses Comme je ne pouvais assister aux cérémonies du mariage, la princesse Nasléh, par une faveur spéciale, fit venir la fiancée dans la salle où nous nous trouvions. La fiancée était vêtue d'un large pantalon blanc broché d'or. Elle était tellement surchargée die diamants qu'elle se mouvait avec peine. Des musiciennes la précédaient et des esclaves blanches formant la haie, poussaient le cri: (^Mash AUah!r> avec d'inimitables fioritures de trilles. Deux esclaves blanches soutenaient la fiancée chancelante sous le poids des parures, et l'assirent à la place d'honneur du divan où elle trouva de riches coussins, et sous ses pieds des tapis chamarés d'or.

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