‹ Un portrait russeChapitre 40 sur 143 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

et de bon ton de n'adopter que la langue et les usages turcs.

Pour rafraîchissement, on distribua des sorbets à la violette. Pendant la représentation, plusieurs dames vinrent rendre leurs devoirs aux princesses. Après avoir fait le salamalec, ce salut jusqu'à terre, marqué en trois temps par la main droite qui va du genou à la hanche et à la tête, et décrit un arc dont la grandeur est proportionnée à l'importance du personnage, et après avoir récité la formule usitée, elles s'accroupirent sur le divan, et ne desserrèrent plus les dents. Trouvaientelles leur revanche dans l'intimité, et se dédommageaientelles de ce mutisme de l'étiquette? Je l'ignore, mais c'est probable.

Je fus frappée de la prestance de la mère d'Abbas Pacha. Elle portait pantalon et robe de mousseline blanche sur taflfetas blanc. Un mouchoir blanc entourait son tarbouch rouge, et de simples jonquilles fraîches ornaient ses cheveux. Mine calme et intelligente, port de reine, traits fins, gestes nobles, prévenance aflfecteuse, tout me frappa en elle. Elle était née pour le trône, et non pour l'obscurité et la monotonie d'un harem. Là pourtant elle avait su prendre le pas, tant sa nature la prédestinait au commandement.

Nous sortîmes: les corridors, les vestibules combles, retentissaient des cris de jubilation du peuple.»

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