CHAPITRE QUATRIÈME
tiquées par les Grecs pour le passage du feu, afin de pouvoir les premiers allumer leurs bougies. L'impatience augmentant dans la foule, les hurlements, la confusion, le scandale augmentèrent. Les soldats frappaient des pieds et des mains, donnant des coups de crosse et de baïonnette ... et ce sont ceux qui se conduisaient avec le plus de décence. Tout à coup un évêque, à barbe blanche comme la neigé, précédé de clercs, escorté des soldats qui repoussent la foule, s'avance vei-s le Saint- Sépulcre, où il entre seul et s'enferme . . . Tous se précipitent vers le Saint-Sépulcre; on monte les uns sur les autres; on s'étouffe, on s'écrase, on pousse des cris de rage et de douleur. L'évêque, au bout d'un court instant, tend le bras hors du monument avec un faisceau de bougies allumées, auxquelles chacun veut allumer les siennes le premier; les sacristains et les privilégiés qui y sont parvenus se sauvent comme des furieux, les cheveux épars, pour se réfugier dans le chœur ou la sacristie. L'évêque de même traverse la foule en courant, moitié porté, frappé et lacéré. Le feu se communique partout. Des milliers de cierges éclairent toutes ces figures. Dans la mêlée on met le feu à la barbe, aux cheveux, ou aux habits de ses voisins, tandis que les fanatiques, pour prouver que ce feu ne fait aucun mal, ou pour se purifier par lui, exposent leurs bras à la flamme. Les femmes découvrent leur poitrine et se brûlent le sein; on en voit sur les galeries, qui descendent leurs bougies avec des cordes dans le bas de l'église et lorsqu'elles sont allumées, les remontent précipitamment et font la même opération que les autres.» * 1 Les Lieux Saints, t II. p. 297. 298.
«Et pourtant ce qui se passe les trois nuits qui précèdent le saint jour de Pâques dans cette même église, où tous ces forcenés campent pêle-mêle, est plus odieux encore. Comment ma plume pourra-t-elle relever les abominations que les chrétiens commettent autour du tombeau de Jésus-Christ?» ^
«Je sais que la profanation du Saint- Sépulcre est une chose de* peu d'importance pour la plupart des cabinets . . . Mais si on ne veut pas en faire une question religieuse, qu'on en fasse au moins une question d'humanité, et ici évidemment tout le monde sera d'accord, la Russie comme la France, la Turquie comme l'Angleterre et l'Autriche. Presque chaque année on étouflfe ou l'on assomme de malheureux pèlerins dans l'église duSednt'SéfXxlcre; €nï834,près de trois cents personnes y ont perdu la vie.y> *
Ces autorités ne sont pas suspectes et s'appuient d'arguments iiTéfragables. Nous avons voulu les citer pour montrer la racine du mal. Maintenant la Russie et la France doivent réparer à frais communs, disait-on, la coupole délabrée du Saint-Sépulcre. Dieu veuille que ce soit le prélude d'une unanimité efficace qui rétablira au moins les convenances et le calme du respect dans ce lieu vénérable ! Vingt-quatre heures d'entente cordiale entre les puissances de l'Europe suffiraient pour arracher le Saint-Sépulcre à la garde des cimeterres musulmans, si les diplomates avaient la force de ne pas mêler la politique à la religion.
2 X. C, t. II., p. 300.