‹ Un portrait russeChapitre 45 sur 143 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

les rentes à payer à sa mère: tel était le but de ses doléances.— Pour comble de désagrément le médecin-économe ne pouvait rentrer en Russie, le prince ayant obtenu moyennant certains rapports transmis àFempereur parM.DamienK***, alors bien en cour, qu'une pareille interdiction fut prononcée contre cet homme qui avait toujours respecté, enseigné et fait observer les lois de ce pays à ceux qui connurent sa juridiction.

M"* Bagréeflf fit maintes démarches pour faire lever cet ordre impérial, et sollicita une enquête, mais en vain. Dans Tété de 4 852, elle se rendit de Vienne à Téplitz, où se trouvait alors le comte 0***, très en faveur auprès de l'empereur; elle voulait l'intéresser dans l'affaire de cette interdiction; mais comme nous l'avons vu, il ne daigna pas même de la recevoir.

C'était par là, du même coup, défendre à M°*« Bagréeff de revoir ses foyers. Elle ne voulait pas, on le savait, reprendre la direction du domaine sans la personne qui était son bras droit. Elle se résignait plutôt à une diminution de revenus.

Toutefois, pour plus de sécurité, le prince son gendre, essaya une autre combinaison. II dénigra sa belle-mère auprès de l'empereur, il la taxa de démence, assurant qu'elle voulait vendre son domaine, qui, selon lui, était hériditaire, afin de s'expatrier ; et il suppliait le souverain d'empêcher cela. — Un ukase ordonna le retour immédiat de M"® Bagréeff enRussie. Étant malade alors, elle ne put obéir, et sur les attestations des médecins, elle obtint un délai de quelques semaines.

Pourtant, on ne la laissait pas tranquille. Un ordre, émané du ministre de la justice, le comte P**, obligeait

M°*® Bagréeff à signer une déclaration par laquelle elle s'engageait à ne pas faire de dettes. Singulière tyrannie et mesure bizaiTe contre une personne qui par son économie et son intelligence avait presque doublé ses revenus. Elle refusa net. De ce moment la légation russe à Vienne ne cessa de lui susciter des embairas et des contrariétés. Fatiguée de ces vexations perpétuelles, M°" Bagréeff fit une suprême tentative : en date du 6 janvier 4853, elle écrivit à l'empereur en lui donnant r Exposé de sa vraie situation. Elle demandait en même temps l'autorisation de rester à Vienne, et terminait sa supplique en invoquant la justice de l'empereur, et en lui rappelant avec une grande dignité, que les monaïques et les sujets doivent répondre un jour à Dieu et sont égaux devant lui.

L'empereur qui avait été prompt à juger, reconnut qu'il avait été trompé, et déjà le 21 janvier il faisait, dans une réponse, plein droit aux réclamations de M"® Bagiéeff, à la condition cependant qu'elle ne vendrait pas le bien qui lui restait. De quoi elle s'inquiéta peu, puisque telle n'avait jamais été son intention.

Elle se crut quitte des persécutions; elle était dans l'erreur. A cette époque les étrangers à Vienne étaient obligés par la loi de se munir d'un permis de séjour valable pour un an. Ce terme écoulé, ils devaient le renouveler en se réclamant de leur ambassade respective qui mettait son visa à leur demande écrite.

Lorsqu'en février 1854, M°*® Bagréeff envoya revendiquer cet appui à la légation russe, le ministre baron de M** se refusa à l'accorder, alléguant qu'elle n avait pas signé la déclaration exigée d'elle par le ministre de

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