‹ Un portrait russeChapitre 46 sur 143 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

la justice; or on se le rappelle, Tempereur avait dispensé M"*Bagréeff de cette formalité humiliante; mais soit par oubli, soit par méchanceté, la légation russe n'en avait pas été informée. Il fallut une terrible discussion, il fallut faire tapage pour obtenir de la chancellerie le visa nécessaire. Ce procédé du baron touchait à la brutalité, car, à ce moment M"*® Bagréeff était alitée et très-souf- Irante; mais ce ministre fut peu après remplacé par le prince Gortschakoif, homme affable et supérieur, plein d'égards pour cette femme d'élite. Il connaissait en détail les affaires de W^^ Bagréeff et la traita avec une grande distinction.

Elle régla d'autre part la question des revenus avec sa fille, de manière que depuis ce temps jusqu'à la fin de sa vie, elle tint une position sociale très-sortable. Et quand un hobereau, M. B **, formé à l'école du baron de M** succéda au prince Gortschakoff, il put dédaigner cette dame, mais il ne put lui nuire. Seulement à la mort de M°*® Bagréeff, il essaya de prendre sa revanche de son impuissance passée , en chicanant sur la succession littéraire de M°»* Bagréeff, l'homme qu'elle avait, par testament, institué son exécuteur sur ce point, et en faisant sur lui des rapports mensongers à la fille de la défunte.

Mais n'anticipons pas sur ce triste récit, et disons que, grâce à ces persécutions mêmes, M™* Bagréeff devint auteur. Sur des conseils amis, dans ce temps de rude épreuve où la faiblesse de sa santé n'avait d'égal que rabattement de son âme, elle écrivit les Méditations chrétiennes (4852/53). ^

> Méditations chrétiennes. Vienne, chez L W. Seidel, id5S.

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Ces méditatioDS abordaient, entre autres sujets, les béatitudes évangéliques au nombre desquelles comptent ala justice et les persécutions souffertes». Elle retrancha ces deux dernières méditations où elle représentait le tzar comme injuste et où elle même se posait en victime ; car au moment de l'impression, sa grâce lui arrivait de Saint-Pétersbourg.

Ce petit livre allait paraître quand se commit un attentat contre la vie de l'empereur d'Autriche, âgé alors de vingt-trois ans. Elle y ajouta quelques pages pleines de ferveur et de charité, une prière où se lisent ces lignes:

«Seigneur, enchaînez cet ennemi des âmes! ce meurtrier éternel qui, dans sa sombre fureur, aiguise le poignard du régicide et le dirige aveuglément contre ceux que vous avez oints de vos saintes huiles, du signe de votre force; contre ces hommes d'abnégation et de sacrifice — et la royauté est-elle autre chose aujourd'hui? — contre ces vaillants qui déposent sur l'autel du devoir la fraîche couronne de leur jeunesse, acceptant en échange avec dévoûment et ardeur le bandeau d'épines dont il vous plaît de ceindre leurs fronts — l'épée flamboyante que vous daignez confier à leurs mains pour faire la justice! Seigneur, Dieu des combats, étendez votre bouclier impénétrable sur ces sentinelles couronnées que vous avez placées aux avant-postes de votre armée, et qui entendent sans cesse siffler les balles invisibles de vos ennemis! Dieu doux et compatissant, rassurez les cœurs des mères, des épouses et des enfants qui dans l'isolement de leurs palais, tremblent nuit et jour pour la vie de ces êtres chers ! . . . Seigneur, ayez pitié de ces populations, votre héritage!»

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