‹ Un portrait russeChapitre 48 sur 143 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

alléguer la domination polonaise dans la Petite Russie, les invasions des Mongols dans les provinces du nord, des Tartares dans le midi, les hordes des Tcherkesses, des Kirghises et des Cosaques alors indomptés, dans ces contrées qui enccignent les rives méridionales du Volga et les rives du Don! Mais il y avait un autre moyen d'attacher les paysans à la glèbe qu'avec le collier des serfs ! Il fallait les fixer sur le territoire en leur en donnant des parcelles. Cette propriété du sol, concédée suivant les exigences du droit des gens et de la dignité humaine, aurait exhaussé la moralité, produit les vertus domestiques, les vertus civiles; tandis que pour oubUer le poids des chaînes dans les répits que leur laissaient la corvée, la rapacité des intendants ou les verges des maîtres, les paysans se jetaient dans l'ivrognerie abrutissante, mère d'autres vices, principalement de la paresse ou de l'incapacité du travail. L'auteur croyait que le peuple s'était retrempé dans ses épreuves séculaires. Dieu le veuille! Mais il en douterait peutêtre s'il avait pu voir ce qui se passe à présent, et se dérouler les scènes du drame social. La Russie n'entrera dans le concert de la civilisation qu'après Tintelligente et sérieuse abolition de l'esclavage; alors elle commencera à compter dans la philosophie de l'histoire. Mais Hegel dont on ne peut pas être le disciple en métaphysique, a eu raison de dire que, être mitoyen entre l'esprit de l'Europe et l'esprit de l'Asie, la race slave a accompli un rôle nul dans le progrès de l'humanité et ne mérite pas, à cet égard, malgré sa prépondérance politique les méditations du penseur*.

^ Hegel, Philosophie der Geschichie, p. 360.

La vieille Pologne seule, rameau vierge de la greffe tartare, et gonflé d'une sève d'autant plus généreuse qu'il est plus cruellement émondé par le sabre moscovite,- sans avoir rien fait pour l'avenir politique et social de l'Europe , a fait beaucoup contre la barbaile envahissante des Turcs, et abrité l'Occident germanique et latin qui a pu s'épanouir: service pour lequel le passé n a montré que de l'indifférence, et le présent que de l'ingratitude.

C'est dans cette même retraite de la Hongiîe, à Garamsegh, au pied des Carpathes, que M™^ Bagréeff traça l'esquisse imparfaite de son voyage en Terre-Sainte, et le Moine du mont Athos, roman qui avec la nouvelle une Nuit au Golgotha et Sipr es YLifrodudion^ compose les Felei'ins russes. L'auteur donne çà et là de bons traits de la dévotion populaire ; mais le livre n'est point, comme le titre induirait à le croire, une étude particulière de ce côté religieux du caractère national. Ces pèlerins partent d'emblée avec le bourdon et le chapelet, trouvent partout le pain et le sel de l'hospitalité, franchissent des distances incroyables, allant du monastère de Solowetsk, en face d'Archangel, dans une île de la mer Blanche où ils ramassent des coquillages au rivage, à Notre -Dame- d'Achtyrka, dans le gouvernement de Karkoff et aux catacombes de Kieff ; visitant un jour la porte Sacrée de Moscou, la grande cloche tombée de son Kremlin, et de là s'acheminant vers le couvent fortifié de Troïza,pour entendre le premier carillon de la chrétienté, prier sous le porche de chaque église, et se prosterner en foule, dans la cathédrale, devant la châsse précieuse de Termite patriote saint Serge, à droite, de l'incono-

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