CHAPITRE QUATRIÈME
stase resplendissante, ce voile tissu d'or et de pierreries, enluminé d'images et de nimbes, qui sépare du haut en bas le sanctuaire de la nef spacieuse; venant tantôt accomplir des pénitences dans les vastes cloître^ de Saint- Waarlam, à Nowgorod, tantôt vénérer les reliques de saint Mitrofane, qui apprit aux habitants à manger de la terre glaise pendant une disette, ce qui est considéré comme un bienfait et comme un miracle.
C'est ainsi qu'une petite femme sans jambes, après avoir parcouru à sa manière tous ces lieux renommés, résolut de visiter les reliques de saint Nicolas à Bari, dans le royaume de Naples,et de là se rendit à Jérusalem où elle raconta sa curieuse carrière de pèlerine. Plusieurs de ces dévots exaltés sont sujets à des maladies mentales extraordinaires.
Le moine du mont Âthos professe l'amour de la nature et de tous les êtres de la création: c'est un des sentiments que M'"'' Bagréeff a puisé dans son propre cœur et qui s'enracinaient à de larges conceptions. Elle avait une prédilection pour les fauvettes: dans les derniers mois de sa vie elle en reçut une en cadeau. Elle est ravie, elle appelle les gens de sa maison pour partager sa joie et leur fait admirer le joli chant de cet oiseau. Elle avait élevé des canaris qui venaient becqueter sa plume jusque sur sa table, quand elle écrivait; elle causait avec eux, et en était comprise, comme le doux saint François d'Assise. Quand elle mourut, son chien, dans des pleurs lamentables, se laissa périr d'inanition.
De ce temps date la Couronne de Hongrie, nouvelle inédite, ébauche brillante et facile. Charlotte, l'héroïne, est une jeune Hongroise qui s'est éprise de l'indépen-
dance de la patrie en 1 848, et se trouve enveloppée dans l'histoire de cette couronne de saint Etienne, enlevée par M. Kossuth à l'église de Débretzine (il avait tenté là de déterminer le peuple à la poser sur le front d'un Magyar), et inhumée ensuite dans un marécage, à cette espèce de delta situé entre la Theiss et le Danube, en présence de trois témoins, deux inconnus, et M™* Kossuth en fuite vers la Turquie. Cette couronne fut retrouvée après, circonstance qui sert au dénoûment de la nouvelle de M"* Bagiéeff. On sait que l'insurrection fut étouffée par les troupes croates, dalmates, bohèmes et moraves, et par 200,000 soldats russes, envoyés par l'empereur Nicolas au secours de l'empereur d'Autriche, qui, pour être souverain légitime de ce pays, doit, en jurant la constitution huit fois séculaire, être sacré roi en ceignant cette vieille couronne. Les femmes à cette époque s'occupaient ici beaucoup de politique, comme aujourd'hui du reste. Elles portaient, à Tinstar des Polonaises, des bracelets, dont l'un était formé de treize perles d'acier, en mémoire et en deuil des treize premières victimes de la révolution; et dont l'autre représentait une chaîne d'acier fermée par un cadenas, emblème de la servitude. — L'intrigue de cet opuscule, qui d'ailleurs sera publié quelque jour, perdrait toute saveur à l'analyse: et puis pour juger sainement des idées qui y sont en jeu et meuvent les personnages, il ne faudrait ni plus ni moins que la tractation préalable de la question hongroise K Je dirai seulement qu'un caractère sympathique bien tracé, est celui d'une vieille nourrice, pleine d'effusions
^ J'écris ces pages en Hongrie (1862), et je compte revenir à ce curieux sujet