‹ Un portrait russeChapitre 50 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. i

consolantes et de tendresses pour la malheureuse enfant, cette Charlotte si frêle et maladive.

Dans l'hiver de 1 85 i , M"*Bagréeflf ébaucha lesZ^^^re^ sur Kieff, qu'elle devait achever seulement plus tard, sans que la mort lui laissât le temps de publier cette œuvre de patientes recherches.

Au printemps étant à Baden (près de Vienne), elle écrivit en vers allemands une tragédie sous le titre: un Tear des Cosaques (Ein Kosaken-Zar) *, représenté une seule fois à Gratz en Styrie.

Pour se consoler de son insuccès, pour oublier cet échec,M""®Bagréeflf écrivit l'hiver suivant (4 855/56), trois petites comédies en prose allemande: les Exaltés (Die Ueberspannten), le Vieillard amoureux (der verliebte Greis) et les Tables tournantes (TischrUcken), qui amusèrent fort le cercle de son salon, et sont restées inédites, bluettes pétillantes de verve.

Mais n'intervertissons pas l'ordre des dates dans cet inventaire et cet examen des oeuvres de M"« Bagréefif. Après le Tmr des Cosaques arrive chronologiquement une simple brochure, mais importante: Méditation sur les dernières heures de V empereur Nicolas (Leipzig 4855), dont la mort fut un événement qui ébranla et consterna toute la Russie, et émut en quelque mesure l'Europe agitée alors d'opinions contradictoires et de vœux divers au siyet des vicissitudes et de l'issue de la guerre de Crimée. Le cœur déborde dans cet éloge, dans cette oraison funèbre où l'admhration tourne par moments à l'emphase, mais c'est un cœur contrit et gros de soupirs. Les regrets éclatant comme avec

' Imprimé à Prague, chez Haase, 1 855.

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une force d'émotion et d'attendrissement, s'alimentent du souvenir. Elle a recueilli pieusement le suprême entretien, les paroles suprêmes du tzar expirant comme pour s'édifier elle-même, et si non pour étouffer son chagrin, du moins pour en adoucir l'amertume en la reportant à sa source. Le chagrin qui se plaît en luimême se soulage parfois ainsi. Oh, mon Dieu, quel deuil lamentable, que de plaintes contenues qui, par bouffées, se font jour à travers les larmes des yeuxl Ecoutez: quels mots, quels accents! Ce sont des sanglots qui s'échappent d'une poitrine oppressée par la douleur, presque par le désespoir, si la foi n'était pas présente; ce sont des cris de l'âme; entendez! «Oh Russe, grand Russe! dit-elle avec déchirement, grand Russe dans lequel se reflétait, dans lequel se personnifiait [la nation entière! Nous ne savons pas la place que la patrie t'assignera parmi ses souverains ; tu nous parais trop grand pour le cadre rétréci de nos idées modenies. Tu es autre même que ton grand ancêtre Pierre le Réformateur! Ta nature aussi élevée, aussi large était plus primitive et plus héroïque que la sienne ! C'est aux temps héroïques aussi qu'elle nous semble appartenir, et nous le placerions volontiers entre Oleg le Sage et Wladimir le Grand, près de jce Wladimir le Saint que ton peuple, qui ét^it le sien, nomme encore son soleil. Eh! que t'importent maintenant nos opinions ... à nous, aveugles et impuissants mortels? ... Ne planes-tu pas bien au-dessus de nos vœux et de nos regrets? ... Et cependant ... tu as promis de prier pour ta fidèle Russie ...»

«Seigneur!» — dit à la dernière page cette femme

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