CHAPITRE PREMIER
futait victorieusement. Comment a-t-il voulu bouleverser l'État par ses opérations financières? Comment a-t il rendu le gouvernement odieux en accablant le peuple d'impôts? Comment a-t-il mal parlé du gouvernement et du chef de ce gouvernement, lui qui a été la cheville ouvrière de l'administration, l'organe et le confident du tzar?
Enfin il est inculpé d'illuminisme , et il lui est facile de se laver de ce grief. Sans doute il s'est occupé en amateur des idées du théosophc Saint- Martin, il les a même expHquées à Tempereur qui le désirait; mais il n'a jamais été affilié à aucune société secrète, surtout à aucun parti quelconque hostile à la Russie. Pour le dire en passant à ceux qui ont écrit la vie du comte Spéranski, ce dernier point ne fut pas la cause déterminante de son exil; mais les boïards amérés l'exploitèrent comme un crime d'Étiit, et certainement ce fut un des motifs qui entraînèrent le tzar à prononcer sans examen un arrêt inique.
Quand on lit cette pièce qui est dans, les archives de Saint-Pétersbourg avec une autre requête du proscrit, on est frappé et comme inquiété sourdement par la réflexion que l'homme ainsi réduit au rôle de suppliant est cet ancien secrétaire de Tempire, le même qui vivait naguère dans lïntimité et la confiance du faible Alexandre. Il ressort de ce document des détails instinctifs soit sur l'esprit d'intrigue inhérent à la noblesse réactionnaire de Moscou, foyer constant d'opposition à toutes les réforaies et raison majeure de la déchéance de cette ville du rang de capitale ; soit sur l'état confus de la législation, des ministères et sur leur mode de
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réorganisation; soit sur le désarroi des finances publiques en 1819 et après la guerre de 1812, soutenue contre la France au cœur même du pays incendié.
M"® Spéranski, aidée de gens dévoués, réussit dans cette mission délicate de sauver son père. Il fut permis au comte de quitter Penne et d'habiter un bien qu'il possédait dans le gouvernement de Nowgorod. De plus, l'Empereur lui accordait une modeste pension.
Les démarches qui préparèrent ce résultat durèrent presque une année. M"® Spéranski rejoignit de nouveau son père qui continua de lui donner des leçons pendant le temps de son séjour à cette campagne ... à part un intervalle où M. Spéranski s'occupa avec ardeur de théologie, et dont la fille profita pour étudier Fallemand à l'aide d'une Bible en cette langue et de la tragédie de Jeanne d'Arc de Schiller. Elle s'y appliqua avec assez de succès pour qu a la fin de ce demi-exil elle se pût faire comprendre à son entrée dans une famille allemande.
Dans cette retraite sur les bords du Volga et qui reçut le nom de fantaisie de Wélipoli dans un roman de M™*" Bagréeff", intitulé le Moine du mont Athos, ils vécurent solitaires, hormis les visites d'un officier de police, et de deux moines d'un couvent voisin, devenus les amis du comte et qui servirent de prototypes à M"® BagréeflF dans les personnages religieux de son livre des Fèlerins russes. Les traits mêmes de son père se réfléchirent par échappées dans la figure du jïère de ce moine Dmitri et avec plénitude dans la figure de ce diacre si touchant dans le récit de une Nuit au Golgotha,