‹ Un portrait russeChapitre 51 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dont rhommage a d'autant plus de valeur qu'elle a été persécutée par celui à qui elle le rend; mais elle n'est guidée, entraînée que par son impartialité devant les froides dépouilles deFillustre défunt, — a Seigneur, Dieu de lumière et de vérité, vous qui brisez l'esprit des princes et êtes terrible aux rois de la terre, faites que l'exemple de cette mort sublime et toute chrétienne remue jusqu' aux entrailles les souverains qui régnent sur le monde . . . que la mort de ce monarque puissant, pieux et humble, de ce champion de la religion, serve de stimulant et d'exemple à son successeur! . , . Faites, Seigneur, que ce premier-né d'un constant amour, que cet enfant que nous avans vu croître en grâce et en vertu à l'ombre du trône paternel, que ce jeune homme mûri par les expériences et les travaux, auxquels dès sa jeunesse il a été associé .,. . faites, ô Dieu de bonté et de miséricorde, que le continuateur de celui qui était notre lumière, notre gloireet notre joie, faites qu'il de vienne comme son père l'objet spécial de votre providence et de vos faveurs • . . Daignez, Seigneur, tenir toujours présent à sa mémoire le Ut de mort de ce juste.»

M™* Bagréeflf parle, raconte et prie avec elfusion. La chambre du tzar était simple; ce lit de mort était un lit de camp. Le jour de sa mort, après s'être confessé et avoir communié en présence de l'impératrice et du -grand- duc héritier qu'il entretint seuls en particulier, il appela tous ceux de sa famille qui avaient passé la nuit en pleurs et en oraisons. Le dernier qu'il congédia fut l'aîné de ses petits-enfants: il serra contre son cœur le fils du grand-duc héritier, et lui recommanda d'être obéissant à son père et fidèle à la Russie. «Rappelle-

toi», dit-il d'une voix déjà entrecoupée par l'approche du trépas» que les dernières paroles de ton grand-père ont été: Sois lidèle à la Russie.» — L'impératrice s'écria: «(tOh Dieu! que ne puis-je mourir avec toi.»» — «Tu dois vivre,» répartit l'empereur; «tu dois te conserver pour être le centre de la famille.» Se tournant ensuite vers le grand-duc héritier: «Tu sais,» dit-il, «que dans tous mes efforts je voulais le bien de la Russie. Mon seul désir était de poursuivre cette tâche, ces travaux jusqu'à ce que je fusse parvenu à te laisser l'empire bien organisé au dedans et garanti du danger au dehors. Dans quel temps et dans quelles circonstances, mon Dieu ! me faut-il mourir! Telle est la volonté de Dieu! Le fardeau te sera lourd à porter.» —

Regrets assez semblables à ceux du pape Pie VI, captif à Valence, qui se sentant mourir, dit: «Oh! Ronie . . . mon peuple ... et l'Église, ah! l'Église . . . voilà ce qui nuit et jour me tourmente ... En quel état vais-je donc les laisser!»

La révolution avait traversé les desseins paternels et améhorateurs du souverain pontife. Le tzar voyait surgir le même monstre à l'horizon de l'avenir, et il entendait, dans ce discours, qu'il avait cherché à resserrer d'un bras ferme et à fortifier les liens de l'autorité . . . mais que par un arrêt supérieur, il s'en allait au moment où ces liens forts dont l'autorité use pour gouverner les masses, tendaient à se relâcher, à se rompre.

L'empereur Nicolas sur sa couche d'agonie aurait dit en secret à son fils Alexandre, dans le pressentiment des transformations futures, même prochaines de l'empire: — «Prends gardede ne pas être leLouisXVI de laRussielo

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