‹ Un portrait russeChapitre 55 sur 143 · CHAPITRE CINQUIEME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME. i

les plus choisis. Il ne les relève point pendant leur vie, faisant son plaisir de les voir expirer dans les croix, les décris, la confusion. Il en use de la sorte pour les rendre conformes à son fils bien-aimé en qui II se plaît uniquement, de manière que la conversion d'un peuple entier ne pourrait être plus agréable aux yeux du Père étemel, que cette conformité à son fils. Et comme la plus grande gloire que Dieu puisse tirer hors de luimême, c'est de voir son fils exprimé dans les hommes qu'il a créés pour être ses images; plus cette expression a d'étendue dans toute ses circonstances et plus cette ressemblance est parfaite, plus aussi Dieu a d'amour et de complaisance pour ces âmes-là. Mais personne ne met la conformité où elle doit être. Elle est non dans les peines qu'on se procure, mais dans celles qui sont souffertes — de quelque part qu'elles viennent, dans cette soumission toujours égale aux volontés de Dieu, en quelque manière ou sur quelque sujet qu'elles puissent s'étendre: dans cette démission ou renoncement de tout ce que nous sommes, afin que Dieu soit toutes choses en nous, qu' Il nous conduise selon ses vues et non selon les nôtres qui y sont d'ordinaire fort opposées. Enfin toute la perfection consiste dans cette conformité entière avec Jésus-Christ, non dans les choses qui éclatent et dont les hommes font cas. On ne verra que dans l'éternité quels sont les vrais amis de Dieu. Jésus- Christ seul lui plait, et rien ne lui plaît que ce qui porte le caractère de J.-C.»

Je ne sais si les théologiens signaleront là des traces de quiétisme, la mortification volontaire y semble sinon proscrite du moins intempestive; mais ne touchons paa

à ces subtilités. Le fond est clair: que l'homme se conforme à J.-C. et se soumette à' la volonté divine dans les revers. La consolation peut jaillir de la mise en pratique de ces conseils.

Ainsi à trois siècles de distance, M"*" Guyon, l'élève de Fénelon, devait trouver un écho dans le cœur de ces femmes russes, leur servir de guide spirituel et peut-être de trait d'union. Qu'elles disent après cela que la France ne sème pas les germes de la civilisation!

M°*® Soldan écrivait à M"® Bagréeif: «Le livre des livres, c'est la Bible. Après, j'ai lu sainte Thérèse que vous connaissez probablement.»

Une autre fois: «Quant à mes lectures, j'aime saint François d'Assise , (l'Histoire de) sainte Elisabeth de Hongrie (par M. de Montalembert), M"*® Guyon beau- ,coup, et la Bible mieux que tout le reste.)»

Puis encore, à propos de la citation reproduite cidevant: «Un cœur ami vous soutiendrait en découvrant le trésor que vous possédez en vous-même, richement dotée par le Créateur, et c'est à cette espèce d'élues que les peines les plus dures sont adjugées en partage.»

Quand la cupidité menaçait M""® Bagréefif malade, de la dépouiller de sa fortune. M"'® Soldan, vigilante pour les besoins matériels comme pour les détresses de l'âme, s'empressait de lui répondre: «J'ai à ma disposition encore une trentaine de mille francs de revenu annuel, et je me flatte que vous me connaissez assez pour ne pas douter que j'aille vous soigner, dès que vous me direz : Viens, j'ai besoin de toi.» M""® Soldan était elle-même ' infinne. Ce trait d'amitié rejette les commentaires.

La fin de la carrière de M™* Bagréefif est grave.

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