‹ Un portrait russeChapitre 57 sur 143 · CHAPITRE CINQUIÈME. i i · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. i i

longues pour entrer dans notre cadre, et formeraient un article à part.

Irène se sent d'une lassitude d'esprit, et les Souvenirs d'un voyage en Orient, inédits, trahissent une rédaction précipitée et offrent des vides, des lacunes à combler, mais ils intéressent comme ces sortes de relations si pittoresques, et sont destinés à quelques faveurs de la vogue.

M"®Bagréelf avait traité avec un libraire de Bruxelles (Auguste Schnée), pour la publication de ses ouvrages. De son vivant encore paraissaient le Starower et Xénia, en un volume; la Famille foM«(/ow5e, quinze jours seulement après sa mort; par les soins de l'héritier des papiers de M°*® BagréeflF, Irène, la Vieille et son corbeau, fit les Iles de la Néwa paraissaient vers le fin de la même année comme un hommage à la mémoire de Fauteur.

Depuis un certain temps, il s'était agi entre M"* Bagréeff et des écrivains de Paris de remanier ou de refondre l'ouvrage intitulé: La Vie de château en Ukraine; mais les pourparlers n'avaient pas abouti, n'avaient obtenu aucune issue définitive, au moment de la mort si regrettable de M"* BagréeflF, qui avait produit tant d'œuvres dans l'espace de cinq années seulement, et leur aurait donné des sœurs viables, elle-même étant dans la vigueur et la maturité de son talent et n'exploitant que des thèmes nouveaux, les mœurs russes, insaisissables à un explorateur étranger ignorant la langue, l'esprit, les croyances de ce peuple slave en majorité. Cet ouvrage posthume parut environ deux ans après la mort de son auteur.

liO UN PORTRAIT RUSSE.

Le Livre (Tune femme est dédié par M"**= Bagréeff à toutes ses sœurs dans rhumanité; il fut composé àbâtons rompus et à des époques différentes, depuis Tannée 1 845 jusqu'à sa mort. A l'automne de la vie, l'âme se retourne vers le passé pour s'exhaler en regrets superflus; ou, se repliant sur elle-même et devenant féconde, elle recueille les fruits de l'expérience; fruits souvent amers, qui ont pour précurseurs nos cheveux gris, fleurs blêmes de Tarrière-saison, marguerites ^ de cimetière, comme dit l'homme des Alpes dans sa langue énergique et colorée, et qui, forte nature, mêle un narquois sourire à la pensée de sa tin, comme pour avoir l'air de traiter crânement avec la mort.

Le Livre d'une femme, c'est tantôt un journal intime où éclate la dévotion, tantôt ce sont de simples maxhnes applicables à la conduite, ou des aphorismes marquant les propriétés de l'objet, des sentences ou des boutades qui plaisent à l'esprit, des observations de mœurs; tantôt ce sont des réflexions sur l'art, sur le beau, sur le vrai, sur le devoir ; enfin il y a des méditations touchant la philosophie et la foi, des gloses arides sur les saintes lettres et des prières jaculatoires, s'élançajit comme l'eau vive des rochers du désert.

Le Livre d'une femme, c'est le reflet d'une âme claire et limpide, qui dévoile les secrets de sa piété et de sa tendresse maternelle. M™* Bagréeff est là tout entière, avec son esprit curieux et investigateur, avec ses perplexités, avec son enthousiasme, avec sa sympathie pour la nature universelle et tous les êtres de la création, avec ses fixes

^ C'est le Jiom vulgaire de la pâquerette en Savoie.

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