‹ Un portrait russeChapitre 58 sur 143 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

espérances d'outre-tombe au sein des adversités. Quelle sollicitude constante et affectueuse pour sa fille! Comme elle voudrait corriger les défauts et assurer l'avenir de cette enfant 1 Jamais accents plus vrais ne sortirent plus ardents du cœur. — Ohl quelle lamentation sur la mort de son fils unique: comme cette mère pense à lui sans cesse et partout. Pleurs onctueux et touchants 1 Elle chérit son fils avec une prédilection sans partage. Elle rêve de lui, des formes variables qu'il prend dans l'autre vie; il était noir d'abord, dans les cauchemars effrayants et les songes d'angoisse de cette mère: elle se réveille, elle est bouleversée, épouvantée de ces nocturnes apparition», et prie pendant le jour, afin de n'en être pas obsédée; puis peu à peu ce fils, ombre frêle du purgatoire terrestre, — car les fautes s'expient ici-bas après la mort, suivant la croyance de l'Église grecque séparée, à l'instar des mânes antiques errant autour du tombeau, — par degrés, Michel perd de son aspect sinistre, il change, il est devenu un spectre lumineux . . . Dans un mois elle est persuadée du salut et du repos de son enfant, ses entrailles sont émues d'une joie indescriptible, et ses paroles débordent en reconnaissance pour le Dieu de reconfort et de pardon.

Une idée considérable de ce livre, c'est la position normale de la femme dans la société chrétienne. Elle donne des conseils à suivre sur le mariage et le choix d'un époux. M"** Bagréeff ne tombe point dans les tristes erreurs de quelques écrivains de son sexe, qui proclament que la femme se suffit à elle-même et n'a pas besoin d'appui.

Les vers du poète réfutent ce sophisme :

Nous avons entendu, dans ces temps qui sont nôtres» Un eri discord poussé par d^étranges apôtres: L'émancipation de la femme au complet!

Laquelle, dites-nous, novateurs, s'il vous plaît? La délivrerez-vous du joug qu'elle s'impose Dans l'hymen; où sans peur sa dignité repose? La délivrerez-vous de ses infirmités Qui de ses jours lui font autant de maux comptés? Vous allez l'affranchir de son obéissance A répoux protecteur qui sur elle a puissance! Puis, vous allez jeter la force sur ses reins Comme le bouclier aux guerriers souverains? Ce n'est plus une fleur qu'un souffle plie et froisse. Un roseau lamentable au vent, et dans l'angoisse; Elle n'a plus de crainte ou de gémissement Aux nuits de l'abandon et de l'enfantement . . . Et pareille à la louve, elle peut mettre au monde Son fils, dans le ravin, puis courir vagabonde . . . 0 superbe mensonge! impossible vigueur!

Voici que cette femme est tombée en langueur; D'un rêve elle frémit, tremble au bruit d'une feuille Dans le sentier couvert d'ombre et de chèvre-feuille; Devant une araignée elle est en pâmoison. Dans un amour déçu s'égare sa raison.

Et l'être qu'un roman grandit et régénère, Succombe à maint péril qui n'est qu'imaginaire; Elle est vaine, elle est folle et fragile à côté . . . C'est pourquoi Dieu lui fit un manteau de beauté Pour voiler ses défauts: sa grâce est son empire. Et son pouvoir, s'il n'est dans sa faiblesse, expire. La résignation, la paix et la douceur.

Quand elle doit lutter, vainquent son opresseur! . . .

Tel est l'ensemble des œuvres de M*"* BagréeflF, dans ses dernières années. Elle avait alors une position à ses souhaits. Dans son séjour à Vienne, elle allait dans le grand monde; elle-même recevait, donnait une soirée chaque semaine, et réunissait, dans son salon, des sa-

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