CHAPITRE CINQUIEME
vants, des artistes en même temps que les personnes distinguées de Taristocratie de cette capitale. Vous pouviez y voir un poète de génie auprès d'une princesse, un pianiste célèbre avec quelque fière comtesse, un homme d'État entretenant un acteur, ou quelque prince populaire dissertant avec des médecins renommés, mais de toute autre chose que de sa maladie. C'était une nouveauté dans Vienne où les castes si tranchées sont si exclusives. Dans cette même ville, des maîtresses de maison tentèrent plus tard, mais en vain, d'imiter cet exemple: il ne leur manquait qu'une chose, cet esprit conciliant qui captive tout le monde, se met à la portée des gens les plus divers, de sorte que chacun croit être le plus apprécié, le secret de cette affabilité pour cimenter ces réuûions, enfin, l'éclat de la conversation qui imprime de Tentrain aux groupes accidentels d'une société.
Entre les littérateurs, on aurait remarquéGrillparzer, le plus vieux et le meilleur tragique vivant de l'Allemagne, qui marcha d'abord dans la voie du drame fataliste de Zacharie Wemer dans V Aïeule (die Ahnfrau), et s'individualisa ensuite dans Sapho^ dans Médée, un Serviteur fidèle de son maître^ les Vagues de V amour et de la mer (Héro et Léandre), et dans Ottokar, tragédie où il expose l'avènement de la dynastie des Habsbourgs, et qui reste sa maîtresse pièce, comme il a été dit plus haut, jusqu'à ce que nous puissons connaître celles qu'il garde en porte -feuille et réserve au jugement de l'avenir;
Halm, c'est un nom de guerre, prononcez: Milnch- Bellinghausen, qui a traité remarquablement le conte
de Boccace, Griseldis, en lui ôtant de son ingénuité, et d'autres sujets allemands ou étrangers;
Zedlitz, chanteur de l'amour réaliste ; — Baumann qui a des saillies et du naturel, lisez les Fiançailles derrière le four de cuisine (Versprechen hinterm Herd); — Bauemfeld , auteur de comédies d'un dialogue piquant^ serré, d'une forme heureuse, et parmi lesquelles on distingue: Bourgeois et romantiques^ Hélène, les Crises, le Protocole d' amour \ — Kompert qui a du mérite dans ses nouvelles: En sortant du Ghetto, à la Queue de la charrue; M"® Betti Paoli, poétesse lyrique incomparable en Allemagne.
M™« Bagréeff connut aussi M°® Joséphine de Werthheimstein dont les salons continuèrent à être fréquentés par les gens de lettres et des supériorités illustres.
Les circonstances extérieures semblaient aussi servir M™« Bagréeff à l'envi. La mémoire de son père revivait en Russie et en France dans des biographies particulières; récemment aussi, entre parenthèse, dans un ouvrage allemand. L'orientaliste Fallmerayer jugeait les Pèlerins russes dans la Gazette d'Augsbourg, et parlait d'elle-même avec d'insignes éloges: tout Munich •voulut connaître les Pèlerins russes. Les nouvelles de Xéfiia .Damianowna et la Fille du Starower, publiées dans la Revue des Deux- Mondes ainsi que la Vieille et son corbeau, étaient traduites en allemand et reproduites dans les gazettes d'Autriche. Ajoutons même un avantage insignifiant, s'il n'avait son prix et sa rareté à Vienne: elle pouvait louer une loge à chacun des deux théâtres de la cour (celui du Château et l'Opéra). Enfin l'empereur Alexandre II acceptait d'elle, à titre de pré-