CHAPITRE CINQUIÈME. i
la métempsycose, dont les débris subsistent vivaces chez les peuples émigrés de l'Asie, par exemple, les Cosaques de rUkraine et les Bohémiens de la Hongrie. N'est-ce pas singulier que la destinée de ce dogme antique de rindé? N'est-ce pas singulier qu'il ait persisté dans le cours des siècles sur un terrain étranger, et surtout qu'il se soit infiltré chez plusieurs à travers et malgré l'eflfusion des enseignements chrétiens, comme si révolution étemelle des choses extérieures était l'explication naturelle des êtres? comme si les transformations observées dans la matière devaient nécessairement s'appliquer aux esprits unis à une portion de matière? comme si la vie individuelle de l'homme était indistinctement mêlée à la circulation de la vie universelle, et comme si l'âme simple en son essence, ne pouvait constituer une personnalité permanente au delà du tombeau, et revêtir ainsi l'immortalité? Quoiqu'elle s'en occupât beaucoup, M"^® Bagréeff n'examina pas ces problêmes avec les données lumineuses et irréfutables de la philosophie spiritualiste. Le fait est qu'elle croyait que chacun recommençait après la mort une nouvelle vie, dans une position subalterne sinon dans un rganisme inférieur, ici-bas, ou dans, un organisme supérieur, en un monde plus élevé; et que chacun devait poursuivre cette série de migrations à travers les formes animales ou des formes éthérées et subtiles, suivant ses démérites ou ses mérites, jusqu'à ce qu'il eût expié toute souillure, qu'il fût dégagé de tout élément étranger de mal ou de péché, et pût jouir de la paix et de la lumière perpétuelles. C'est un purgatoire avec des cercles qui montent on descendent en spirale, qui ne
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sont qu'une succession, une hiérarchie d'anges appelés à devenir des esprits purs et bienheureux, ou d'hommes d'une condition inférieure, pour ce qui concerne la croyance propre de M"* Bagréeflf, qui rejetait la transmigration des âmes dans les bêtes: ainsi le roi peut devenir sujet, le riche devenir pauvre, l'esclave devenir maître ou l'inverse suivant les exigences de la perfectibilité de chacun.
n est clair que W^"" Bagréeff, illogique déjà dans le détail, n'a point poussé le système hindou à ses dernières déductions: à lïnstitution surnaturelle des castes, impliquant l'abjection des parias et l'avilissement des esclaves, dans la pratique de la société, rouerie des brahmines du Gange et des prêtres du Nil pour consacrer à jamais le régime monstrueux des privilèges; — au panthéisme, à la divinisation de l'univers et des phénomènes, pour la philosophie de la nature ; — et, pour la destination de lliomme, à l'annihilation de Tâme, à l'absorption finale de cette âme dans le grand tout, repos équivalent à l'immobilité et au néant; puisque par une heureuse inconséquence qui tenait à des principes invétérés, à l'éducation solide de son enfance, elle professait l'égalité fondamentale des hommes devant le Très-Haut avec la charité envers tous, elle espérait le ciel chrétien avec la persistance du moi et du souvenir, auprès de Dieu; c'est l'union de la volonté de la créature et de la volonté du Créateur,et non point la confusion de substances, l'équation du fini et de l'infini.
Jusqu'à quel point M"« Bagréeff précisa-t-elle dans son esprit cette croyance à la métempsycose? Je Tignore; mais de cette croyance dérivaient sa pitié et son