‹ Un portrait russeChapitre 66 sur 143 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

le nécessaire pour aider les pauvres. Son homme de confiance avait pour eux iine somme à part, mais loin de toujours suffire. Pour elle, il lui en aurait coûté de renvoyer un malheureux les mains vides ; et quand on lui représentait qu'elle-même était gênée, et qu'il fallait adresser \m mendiant à son aumônier, elle répondait que l'aumônier était d^'à assez chargé.

En 184B, comme une épidémie (le choléra) sévissait chez ses paysans de l'Ukraine, il était touchant de la voir au chevet des malades, allant àe l'un à l'autre, les soignant et les retournant elle-même dans leurs lits d'agonie, reconfortant les parents des malades par de bonnes paroles, et les engageant ainsi par sa propre abnégation à porter des secours actifs à ces malades. C'était une sœur grise dans un hôpital.

L'histoire de M"""" Bagréefif, c'est la constance de la sérénité dans la bonne et la mauvaise fortune. Sa vive et curieuse intelligence s'alliait à des sentiments élevés qui n'étaient jamais démentis par son zèle et ses écrits. Telle était sa personnalité.

Des contrastes extérieurs ou intimes ont donné du relief à son existence et imprimé un sceau à son âme.

Elle connut les hauts labeurs de la pensée et pratiqua les humbles travaux de la femme charitable, tantôt aux cimes de l'idéal, tantôt au chevet des infirmes.

Passionnée pour toutes les questions européennes, elle les maniait avec une habileté judicieuse, de plein-pied avec son siècle; éprise du progrès de l'humanité perfectible et du code étemel de l'Ëvangile, désirant de toutes ses forces l'union extérieure et cordiale de la chrétienté, et n'ayant jamais commis que des erreurs sincères.

Elle put vivre dans le luxe des salons et vit de près les misères de la chaumière, habitant tour à tour les capitales et les hameaux: elle éprouva les joies et les chagrins du foyer domestique, Fivresse ou le désespoir maternel, les faveurs des cours et la persécution souveraine; elle parcourut du nord au midi les vertes steppes de la patrie, et sillonna les déserts de sable de rÉgypte et de la Syrie, méditant tour à tour sur les villes et les peuples modernes, et remuant les ruines des anciens peuples.

Esprit distingué, grande et belle âme, elle aborda la littérature, la politique, la religion, uniquement pour obéir au désir de connaître, de charmer et d'être utile; elle ne refoula aucune de nos aspirations vers le beau, vers le vrai, vers l'amour fraternel de tous.

Comme couronnement de sa carrière, elle régla sa conduite d'après des convictions profondes et des principes invariables d'humanité, de dévoûment actif, d'indulgence et de pardon; laissant des œuvres de durée eu ses livres, et à ses amis le respect de sa mémoire et l'exemple de sa vie; en un mot, elle s'est appliquée à bien faire parmi les hommes pour bien mériter de Dieu.

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