UN MARIAGE PENDANT UN COTILLON. I (S
l'élégante société qni a bien ses folies. Et cependant, sMi est des caractères intacts, natures vraies, sans artifice et sans cachet conventionnel, qni dédaignent une absurdité en vogue et se tiennent à Técart d'un plaisir qui vous éreinte, et vous vaut parfois à la sortie de la salle, des fluxions de poitrine, vous les appelez sauvages, originaux et toqués. Les gens, qui choisissent une épouse ou un mari dans un tour de polka ou pendant un quadrille, n'auraient donc pas besoin d'ellébore? La censure des épicuriens est plus impitoyable que celle de rigoristes; les premiers ont des brocarts, les autres ont des raisons, et c'est être ridicule et ours que de ne pas être sociable et sensé, à la façon des petits -maîtres et des fashionables. Ne pas se scandaliser ni s'effaroucher de ces vanités, s'en moquer et en profiter, c'est un juste milieu qui paraît l'opinion des sages. BjFron, saturé de spleen anglais, a chanté la valse et le carnaval vénitien; Pouchkine, pétri de la légèreté russe, est allé sur ses brisées. Ne penser qu'au présent pour jouir ou à l'avenir pour trembler, à la volupté d'atgourd'hui ou à la mort de demain , ce sont des extrêmes, et la pratique de la vie, c'est de pondérer ces deux tendances en se guidant avec la boussole du devoir.
Il ne faut pas ne point réfléchir aux actes sérieux de l'existence, à moins de vouloir s'égarer et de souffrir de ses témérités ; il ne faut pas non plus s'absorber dans une idée fixe, sous peine de se paralyser. On peut ne pas adopter la régie monastique, sans être pour autant de l'école de la mollesse.
Mais partis du salon , nous voilà dans le cloître.
Qui aurait cru que le cotillon nous aurait menés si loin?
in. MÉDITATIONS CHRÉTIENNES. 4852—4853.
Écrit imprimé à Vienne chez L, W. Seidel, 4853.
Ces méditations, qui ont parfois une couleur naturaliste, portent sur la prière, le décalogue, les béatitudes évangeliques au nombre desquelles se trouvent la justice et les persécutions souffertes. Gomme nous Tavons vu dans la biographie, W^^ Bagréeff eut un motif de retrancher ces deux dernières. Mais elle les réintégra dans un texte retouché, en généralisant des réflexions et des applications trop individuelles pour une seconde édition, préparée rhiver avant sa mort, et qui attend de voir le jour. Les méditations de M"* Bagréeff, quoique imprimées à Vienne, furent bientôt répandues. M. Poujoulat lui écrivit de Paris avec justesse:
a On m'a remis vos Méditations chrétiennes ! Il y a dans ce livre de Télan, du cœur, ^de Timagination ! Ce parfum des Saintes Écritures, un grand sentiment chrétien et des réflexions pour tous. Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt, et je vous félicite aussi sur la forme si française que vous lui avez donnée; Ton oublie que ces pages partent d'une plume russe. Pour mieux vous prouver que j'ai lu vos méditations, je vous chercherai une petite chicane; je vous reprocherai d'avoir, dans votre histoire des deux mères (l'une bonne et pauvre, l'autre mauvaise et opulente), supposé Tabsence d'âme maternelle sous le toit du riche, et de vouloir qu'on prie pour l'enfant qui vient de quitter la terre. Ceux que la mort prend au berceau après le baptême, s'envolent vers Dieu , ils prient pour nous et nous n'avons pas à prier pour eux. Je demande comme vous, Madame, que la devise : Viribus unitis^ devienne celle de toute la chrétienté: l'union des forces morales dans le monde ne peut s'accomplir qu'au sein du catholicisme !»