PREMIÈRE PARTIE
utile aux femmes qu'aux hommes, peut-être parce que leur vie se passe en désirs et en sentiments, rarement comme celle des hommes , en actions et en réalités.
La femme émancipée! mots aussi creux que les cerveaux qui les ont inventés. Emancipée par qui et émancipée de quoi? Emancipée par Torgueil, émancipée du devoir. En êtes-vous plus libres pour cela? Eh non, mes sœurs 1 au lieu des gracieuses faiblesses, des douces vertus, des modestes qualités qui vous attachaient à la vie sociale, par des chaînes de fleurs, vous voilà rivées comme des forçats à votre banquette, forcées de manier de vos bras délicats la lourde rame d'une civilisation mensongère, exposées aux lumières d'un soleil trop ardent pour votre peau délicate, à de froids raisonnements, à des analyses glacées, trop rigoureuses pour vos frêles organes. Ohl que le charme de la modestie et de l'humilité sied mieux à votre beauté, et que votre baguette séduisante de fée produisait plus de prodiges que le sceptre d'airain dont Tusage vous sera toujours étranger! Croyez-moi! c'est quelque mauvais génie masculin qui vous a inspiré la triste envie d*imiter vos maîtres, de vous soustraire à leur domination légitime, pour y succomber cependant, non plus avec la bonne grâce de la concession, mais avec toute la honte d'une défaite.
n y a des jours de l'année où toutes les tristesses
semblent s'amonceler autour de vous, où tous les souvenirs de joie et de douleur se donnent rendez-vous dans votre âme comme pour la déchirer par leurs contrastes. Que faire alors et que devenir? La prière même ne peut percer à travers cet ouragan d'angoisses; dans ce tumulte et ce désordre, dans cette tempête de passions et de désespoir, le cœur ne peut s'élever, aucune parole sensée ne s'échappe de vos lèvres, aucune pensée consolante ne naît dans votre cerveau. Que faire, mon Dieu, que faire! Jetons un cri de détresse, mes sœurs. Disons avec les disciples de N. S.: «Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons.» Et alors il s'élèvera dans nos âmes, ce bon maître, il dira aux vents de se taire, aux flots de se calmer, et nous retournerons de nouveau à la paix et au silence de notre vie ordinaire.
Frailty, thy name is woman. Et c'est ta grâce, cette fragilité, oh femme! Et Dieu te tiendra compte de toutes les douleurs qu'elle te cause, de toutes les faiblesses de ton cœur aimant jusqu'à la tombe, confiant malgré toutes les trahisons, passionné malgré des épreuves faites pour glacer la passion jusque dans ses racines. Ne crains pas ta faiblesse, réfugie-toi en elle comme dans un manteau. Elle est ta sauvegarde et ton bouclier, elle sera ta meilleure médiatrice devant le trône de Celui qui se laissait baigner les pieds par la pécheresse Madeleine; ne te défie que de ta force, femme, car ceUe-là ne t'appartient pas. C'est l'orgueil, qui te l'inspire,' en t'appuyant sur elle, c'est sur un roseau brisé