PREMIÈRE PARTIE
que tu t'appuies. Ta main en sera cruellement blessée. Celui qui n'est venu que pour prendre sur lui le fardeau de nos faiblesses ne viendra pas t'aider, à toi qui te dis forte.
(( C'est par Tenfantement que les femmes seront sauvées », dit l'Apôtre. Sont-ee quelques heures de souffrance, suivies d'une si grande joie qui suffiront à l'œuvre du salut? Certes non. C'est l'enfantement de cet amour immense, comparable seulement à Tamour de Dieu pour les hommes, qui les élève au-dessus de toutes les vanités, de toutes les faiblesses, de toutes les puérilités de leur nature. C'est par cet amour qui ne peut naître que dans le sein d'une femme et qui par elle se répand sur l'espèce humaine entière, que la nature de la femme s'est épurée, qu'elle est devenue sainte et digne des hommages de l'humanité entière. Voilà pourquoi toute nation susceptible de perfectionnement, toute nation qui a de l'avenir, a de tout temps voué un culte de respect et de protection à la femme, C'est par la courtoisie pour les femmes, que la chevalerie, cette grande institution du moyen-ftge, se distinguait de tout ce qui l'entourait. Le mépris, la grossièreté, le dédain envers les femmes sont toujours un signe de barbarie. Les nations qui y persistent ne peuvent se soutenir; celles qui y retombent sont bien près de leur chute.
Femmes I femmes I pourquoi-ètes vous nées? Poor aimer, pour souffrir et pour expier 1
La devise de sainte Thérèse était: « Souffrir et mourir". Il faut sous- entendre le mot «Dieu». Souffrir pour Dieu ou mourir pour Dieu. Souffrir pour ce qu'on a'me ou mourir pour ce qu'on aime. C'est bien la devise d'une âme passionnée. Car qui dit aimer, dit souffrir; qui dit cesser d'aimer, dit mourir.
11 y a des êtres pour lesquels tout est amertume dans ce monde. Honneurs, succès, richesses, tout tourne à mal pour eux, tout fruit devient cendres, toute saveur absinthe, toute fleur épine. Des étourderies de jeunesse, des fautes si légères, qu'elles ne sillonneraient même pas de la plus faible ride, le courant de toute autre existence, ont pour la leur des résultats si inattendus, si funestes, si tragiques, que leur destinée intime en est bouleversée. Pour ces privilégiés du malheur, les affections les plus naturelles se détériorent, •les sentiments les plus simples et les plus humains -^iB'altèrent; tout est catastrophe, tout est fatalité.
Jusqu'à quand, jusqu'à quand, mon Dieul s'écrientils, quand leur dernier espoir se brise, leur dernière affection tombe morte ou pétrifiée à leurs pieds. C'est le moment critique, pauvres âmes délaissées. Tenez votre cœur à deux mains pour le garder de tout murmure. Sondez votre cœur et vos reins, selon l'expression du psalmiste; pénétrez jusqu'au fond de votre intérieur. Remontez à la source et au commencement
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de VOS maux, et voyez si vous ne trouvez pas dans cette ténébreuse caverne de pensées et de désirs le motif ou la consolation de vos infortunes. Le motif dans quelque erreur secrète de votre jugement, dans quelque exagération de votre sensibilité, dans quelques-unes de ces nombreuses idolâtries de Timagination devant lesquelles rimage du vrai Dieu a dû s'effacer. La consolation sera la conviction qui naîtra de cet examen impartial de votre passé. Elle vous assurera que la faculté de souffrir intensivement n'est pas accordée en vain, que cette faculté n'est dévolue qu'aux natures assez puissantes pour comprendre les souffrances du génie ou du matyre. Bénissez-les donc, ces peines qui sanctifient une existence qui sans elles se serait écoulée frivole et factice, comme les minces jets d'eau faits pour briller devant quelques oisifs et rafraîchir quelques vases de fleurs écloses le matin et fanées le soir. Bénissez -les, mes sœurs; car, comme le nilométre de l'ancienne Egypte, elles témoignent de la hauteur à laquelle vous êtes parvenues , et font preuve de la susceptibilité de votre conscience, et de la délicatesse de votre sens moral. Bénissez-les, mais gardez -vous de vous y complaire. Prenez à tâche, à mesure que vous avancez dans la vi^ de raffermir vos nerfs et de retremper votre courage. Combattez l'abattement de la lassitude qui s'empare de nous après ces luttes inégales contre l'existence et ses fatalités; surtout ne tombez pas dans le travers de ces plaintes et de ces lamentations qui ne servent qu'à vous énerver vous-mêmes et lasser la pitié des autres. Sachez renfermer vos douleurs dans le sanctuaire le plus secret de votre âme. Parez -en le péristyle de fleurs^
transformez vos gémissements en encens de la prière, et que vos larmes servent d'eau lustrale pour arroser le sacrifice, que vous apporterez ainsi à ce miséricordieux Seigneur qui ne demande qu'un esprit humble et un cœur contrit.
Seigneur et Sauveur I nous vous ofifrons nos douleurs, nos afflictions et les mille souffrances auxquelles il vous a plu d'assujettir notre fragilité. Sanctifiez toutes ces peines provenant autant de la délibilité de nos corps que des passions et de la susceptibilité de notre cœur, autant de la délicatesse de nos organes physiques que de l'irritabilité de nos sens intellectuels. Vous qui appelez à vous tous ceux qui souffrent, ne nous rejetez pas, nous faibles créatures sur le front desquelles vous avez imprimé le grand sceau de la maternité. Sur nos lits de douleurs, dans les angoisses de nos enfantements, dans les tribulations de notre vie domestique, dans toutes ces mille déceptions, ces mille humiliations par lesquelles nous expions les erreurs de notre vanité et de notre crédule confiance, venez à notre secours, Dieu miséricordieux, conservez intacte en nous la foi en votre présence, l'espoir en votre amour.
L'amour appartient à tous les âges. La jeunesse le veut brillant de joie ou trmepé de larmes, passionné et pourtant volage; heureux ou malheureux, il est toujours