CHAPITRE PREMIER. , n
vain plus tard M™'' Bagréeff sollicita la grâce du coupable qui expiait cruellement son ineonsidération. Sa sœur adoptive reçut quinze ans après une lettre de Sibérie. Qu'elle aurait voulu adoucir la destinée de cet ami ! Mais elle-même tombée en disgrâce gémissait sur sou impuissance et ne pouvait donner que des larmes au sort de ce frère. Elle qui secourait, qui soulageait tout le monde avec bonheur, pouvait-elle oublier cet ami ou y être indifférente? Non, certes, et cependant elle craignait le doute de Texilé sur ce point! Mais il était difficile pour elle d'entretenir une correspondance en Sibérie. Enfin l'amnistie accordée par Alexandre II à son avènement au trône, délivra les déportés de cette catégorie, et entre autres celui-là , tous condamnés les premières années au séjour sinon au travail des mines, et incorporés ensuite dans les colonies transouraliennes. C'est en l'année 1 8*26 que naquit sa fille Marie qui tint une si grande place dans sa destinée. Cinq ans plus tard, elle eut un nouveau garçon, qu'elle nourrit ellemême, et qui commençait à marcher quand il mourut. Sa sollicitude maternelle se donna ciirrière. Elle élevait ses enfants, s'occupait de leur santé et de leur intelligence, du développement de leur corps et de leur esprit. Pour s'aider dans cette tâche, elle fit venir d'Angleterre la nièce de sa vieille bonne Bella, une jeune fille, qu'elle-même voulut instruire et former, afin de donner à ses enfants une institutrice telle qu'elle l'entendait. Sarah B*** — c'est le nom de l'institutrice — profita si bien de ces leçons, qu'en sortant de chez sa maîtresse, elle put entrer comme gouvernante accomplie dans une des plus grandes familles russes.
BAOSÉSTF-SrjBAlieiCI. 2
M™^ Bagréetf faisait sa seule étude de Téducation de ses enfants. C est pour leur inculquer les idées sur les observations de la vie journalière, qu'elle écrivit en russe un opuscule anonyme * dont une partie, traduite par elle-même en allemand, fut publiée à Vienne* ( I Soo) sous le titre de Livre des petits (Buch der Kleinen): il est terminé par V Histoire de la vie d'une poupée^ achetée la veille de Noël; morceau pliilosophique et touchant. En conclusion, les enfants des riches sont exhortés à être compatissants à leurs petits frères dénués de tout, et, pour centupler leurs plaisirs par une bonne action, à porter leur aumône aux crèches, asile de ces pauvres créatures déshéritées.
M™* Bagréeflf n a fait ces phrases familières du Livre des petits qu'après s être convaincue que la manière dont elle s'exprimait était pour eux la plus intelligible et produisait en eux la lumièi*e sur les notions élémentaires. Ce premier essai eut bientôt plusieurs éditions et l'engagea à tenter un autre genre. Elle mit dans le journal russe le CorUe^nporain^ une nouvelle qui n'était pas signée, mais qui fut si défigurée par la rédaction, que Fauteur lui-même ne la reconnut pas. Ce désappointement l'empêcha de publier une historiette amusante intitulée : un Mariage pendant un cotillon, et qui était une piquante satire de cette danse interminable en vogue alors. Aussi cette première phase de sa vie littéraire fut de courte durée. Elle se contentait des jouissances du foyer domestique , et après
* HreHie Aia MaioiioTiuixi aiotHI. Saint-Pétersbourg. !8i3.
* Das Buch der Kleinen. Wien, Prandel und Meyer. 1855.