PREMIÈRE PARTIE
plir son temps et satisfaire à toutes les aspirations de son âme. Les malheureuses seules, auxquelles le sort a refusé ces occupations naturelles, ont le droit de s'en créer d'autres. Elles seules peuvent le faire sans remords. Mais tout en se livrant au travail de la pensée, qu'elles se gardent de renier leur sexe et leur véritable vocation. Qu'elles ne permettent jamais aux illusions détruites, aux espérances déçues, à ce vide désolant, à ce sentiment déchirant d'isolement, qui rendent les pensées si tristes et les larmes si amères , qu'elles ne permettent jamais à leur jeunesse sans joie et à leur vieillesse sans consolation, de pervertir leurs principes, de tremper leur plume dans le fiel et la rancune. Qu'elles aient le courage de se dire qu'elles ne sont que des exceptions dont la douloureuse existence ne fait que prouver la règle, et qu'elles se gardent de séduire celles qui marchent dans la vie ordinahre par le faux semblant d'une indépendance dont aucune femme n'est capable de jouir, par des aspirations de gloire et de renommée qui ne peuvent jamais remplacer Thumble bonheur de la famille.
La place de la femme est dans le gynécée, au foyer de famille, dans le sein des afifections domestiques. Son influence doit se borner au cœur des siens, au conseil intime de la famille. Là elle peut régner absolue si elle en a le pouvoir et la volonté, à condition pourtant que sa puissance demeure occulte et ne soit basée que sur l'amour, la douceur et un esprit d'ordre et de justice.
Toute gloire et toute renommée extérieure doivent lui rester étrangères. Ce n'est qu'en restant ignorée du monde extérieur qu'elle peut conserver le i*epos de sa conscience, et cette auréole de pureté et de sérénité qui est son charme le plus séduisant et le plus durable. Ce n'est que sous l'ombre du toit domestique qu'elle peut remplir la mission de sa maternité, l'œuvre de paix et d'amour, qui lui a été confiée.
En daignant s'incarner dans le sein d'une femme, N. S. a enseigné aux femmes leur véritable vocation et leur vraie valeur. C'est celle de concilier les principes hétérogènes de la nature humaine, de réunir l'élément terrestre à l'élément divin, de savoir élever l'amour de la créature jusqu'à celui du Créateur, Je vous salue Marie, pleine de grâce, dont la pureté, l'humilité et la ferveur sont parvenues à amalgamer dans votre sein les deux substances les plus contraires: celle de l'homme et celle de Dieu.
Faites que nous puissions imiter votre chaste exemple. Mère du Seigneur, souveraine de nos âmes, enseigneznous les leçons de votre humilité, de votre obéissance et de votre amour. McUer dolorosa! élevez nos cœurs vers la croix de votre divin Fils, apparaissez à nos yeux, non dans la gloire de votre assomption, mais torturée par les instruments de son supplice, transpercée par la lance qui l'avait percé, et pourtant humblement résignée à lui survivre, puisque telle était sa volonté. 0 Marie, servante et mère du Seigneur! versez dans nos cœurs
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ulcérés une goutte de votre foi, un seul rayon de cette abnégation de vous-même qui vous a rendue digne d'être appelée la reine des anges et le modèle des saints.
Est-ce à moi, pécheresse, de reculer devant une expiation quelconque, moi sur laquelle la main de Dieu s'est appesantie dans sa colère, ne serai-je pas trop heureuse s'il m'est permis d'expier dans cette vie par les plus affreux tourments ce qui nécessiterait des existences d'expiation au delà de la mort? Mon Dieu, ne m'épargnez pas et que mes souffrances comptent plus pour le salut de mon pauvre enfant que pour le mien.
L'inconvénient de la solitude est de nous occuper trop exclusivement de nous-mêmes. Quand même cette occupation n'aurait pour but que notre perfectionnement, elle est dangereuse en tant qu'elle n'a pour but que notre propre individu. Ne penser qu'à soi, passer sa vie à se scruter et à s'écouter, quand ce ne serait que pour se trouver des défauts, me parait un mauvais moyen de parvenir à ce détachement de nous-mêmes, qu'il nous est enjoint de pratiquer. Une seule heure, vouée franchement et sans réticence au service de son prochain, vaut mieux à mon avis que des journées passées à s'observer sous le microscope.
Combien le temps perdu nous laisse d'amers et irrémé diables regrets 1 Combien nous nous rappelons quand il est trop tard, tout ce que ce temps aurait pu nous fournir d'utiles expériences, de graves et sévères leçons, de profondes et hautes connaissances des hommes et des choses, si nous avions voulu seulement le mettre à profit 1 Et à quelles futilités, dans quelles conversations oiseuses, à quels riens, et souvent bien pires que des riens, n'avons-nous pas gaspillé cette parcelle d'éternité que Notre Père, dans sa sollicitude, nous avait accordée comme préparation à notre retour vers lui. Et si à ces regrets déjà si poignants, se mêle le souvenir des hautes intelligences, des sages vertueux que nous avions le bonheur de compter parmi nos amis et nos proches, et dont nous avons négligé le commerce, peut-être les avis et les exemples, combien nos regrets s'augmentent de tout le désespoir du remords. Quand, fatiguées de notre course désordonnée à travers la vie, à la recherche de cette ombre d'un rêve: le plaisir, nous nous arrêtons enfin et nous nous avouons que nos recherches ont été aussi vaines que leur objet; alors un vague murmure comme d'eaux profondes et de sombres forêts, s'élève autour de nous, — ce sont les voix de notre passé, — et alors seulement nous voyons clairement les difficultés, les dangers, les angoisses qui hérissent la route qui nous reste à parcourir. Nous nous retournons vers ceux qui auraient pu, d'un enseignement de leur expérience, d'un mot de leur amour, d'un conseil de leur sagesse nous les aplanir! Le temps a fui et les a emportés sur ses ailes. Leur bouche est muette et nos questions restent sans réponses. Heureux si leur esprit