‹ Un portrait russeChapitre 93 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

minuties qui paraissent puériles, mais qui scandaliseraient le prochain si on les omettait.

Je suis calme et c'est votre grâce qui me donne ces moments de paix, ou bien n'est-ce qu'une tentation, qu'une fausse sécurité pour endormir ma vigilance. Mon Dieu, enseignez-moi à reconnaître le vrai du faux et à me défier de mes propres forces.

Achevé la traduction de la Liturgie^ celle du Monde primordial et de la chute. Mon Dieu, combien mon père m'est présent, et comme tout l'amour qu'il explique avec tant de conviction me rappelle l'immense tendresse qu'il avait pour moi! Et comme je la lui rendais mal et peu.

Les jours se suivent dans la solitude et se ressemblent comme les gouttes d'eau qui tombent de la voûte d'une caverne. Et cependant en analysant ces gouttes, chacune d'elles renferme son insecte microscopique, particulier à ses parcelles chimiques qui n'appartiennent qu'à elle. De même ces journées en apparence si monotones, ont des portions de fiel, des ingrédients de chagrin et des couleurs de deuil qui leur sont propres. Comme les gouttes d'eau tombent une à une sur la pierre de la roche, la creusent lentement et se forment leur lit, ainsi les jours passant sans relâche minent

doucement la trame épaisse de cette matière terrestre et nous préparent à TEternité.

Quand on a beaucoup souffert moralement, les souffrances physiques deviennent presque insensibles. Il ne m'entre plus dans la tête de me plaindre et la santé me parait être un état impossible. Seigneur, faites que je sois aussi résignée aux douleurs de Tâme que je le suis à celles du corps. — Toujours le même péché d'irritation contre celui qui me persécute. Mon Dieu, faites que je puisse pardonner sans réticence et que les nouvelles offenses passent inaperçues sur moi. Mon Dieu, fûtes que j'oublie ce nwi misérable et que je ne songe qu'à vous et aux autres. Seigneur, remplacez ma volonté par la vôtre, et que je n'aie d'autre désir, d'autre souhait que ceux de votre service et de votre gloire.

Beaucoup de visites et d'honneurs selon le monde, beaucoup de peines et de tribulations dans mon intérieur.

Apprenez-nous le silence. Seigneur! Non pas le silence des lèvres, mais celui de l'imagination. Nos pensées sont souvent comme les cordes d'une harpe éolienne. Ce sont tantôt les vents du ciel, tantôt les brises du monde qui les ébranlent. Tantôt c'est une harmonie

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