PREMIÈRE PARTIE
vague et suave, tantôt ce sont des accords disjoints et sans harmonie. A côté du son grave de la prière, le cri aigu de la douleur, cri des illusions perdues, des affections terrestres, des vaines espérances et des terreurs plus vaines encore. Seigneur! que tout se taise devant vous et que vous seul nous parliez.
La gaité qu^n ne partage pas augmente la tristesse qu'on éprouve. Elle Finspire même parfois; comme deux accords parfaits en eux-mêmes qui, en s'entrechoquant sans préparation, produisent une dissonance pénible.
La grande difficulté du salut dans la sphère du monde, c'est qu'il doit se faire en cachette, en dépit et à part de la vie ordinaire qu'on mène. On doit y travailler en secret mystérieusement, comme à quelque œuvre honteuse et réprouvée. Toutes les conversations, même les plus innocentes, vous éloignent de ce sujet qui pourtant est le seul vraiment intéressant, le seul dont le but soit digne des efforts et des désirs de l'âme. Pour vous recueillir, vous devez feindre quelque occupation mondaine ou domestique, sous peine d'entrer dans des controverses étemelles, ou de voir les sentiments les plus intimes de votre cœur, les principes les plus inaltérables de votre vie livrés à des plaisanteries profanes et bafoués par ceux-là mêmes qui portent le nom de chrétiens.
Les maladies du corps, les peines de Tâme, les regrets du passé, les craintes de Tavenir, voilà ce qui remplit d'ordinaire l'existence des femmes, une fois l'efifervescence de la jeunesse passée. Qu'elles s'y résignent. Qu'elles se couronnent d'épines et embrassent la voie austère de la croix sans murmure. Pourvu qu'elles ne perdent pas de vue le phare de leur salut, tous ces orages ne les éloignent pas du port.
Quand j'étais jeune, je voulais convertir tout ce que j'aimais à mes opinions et à ma foi. Maintenant que cette foi s'est raffermie par le temps et l'expérience, la manie du prosélytisme m'est tout-à-fait passé, et je ne parle plus des saints mystères qui m'occupent qu'avec ceux qui les comprennent et partagent au moins le fond de ma pensée. Dieu saura fructifier sa semence sans mes vains efforts, efforts qui n'aboutissaient qu'à m'irriter, et ne faisaient que donner des armes à mes adversaires. Le véritable prosélytisme, c'est l'exemple.
Gardons-nous de rendre notre cause ridicule ou désagréable en la prêchant à tort et à travers. Rappelonsnous que le Souverain que nous servons, est tellement grand, tellement omniscient, qu'il sait tout.
II n'y a pas deux individus, auxquels le joug de la vie pèse également. Cette inégalité provient des qualités et des défauts que les hommes apportent avec eux