RIT. RE
avoir effacé la propriété privée dans l’espoir de récompenser enfin l'effort pris en lui-même, l'effort dégagé de la servitude du résultat utile, pour, en fin de compte, lui attacher aux pieds le même boulet, tout en lui faisant perdre sa principale raison d’être : l’attrait puissant du monopole que la découverte ou l'invention permettent d’exercer sur le marché ? Pourquoi ces transformations sociales si les injustices doivent être les mêmes, en même temps que la servitude plus grande et le talent étouffé ?
Le collectivisme n’est d’ailleurs pas au bout de ses reniements. Granger l’a courbé devant la loi de l'offre et de la demande ; il va sans ambages lui faire accepter la contrainte :
< Dans le cas rare en association où le travail est tellement répugnant, que, malgré cette augmentation de salaire, il reste sans bras, il se transformera en une corvée à exécuter à tour de rôle (5).
L’individu enrégimenté, allant suivant un roulement établi, casser les cailloux sur les routes : voilà la perspective que nous ouvre cette phrase !
Il est juste d'indiquer d’ailleurs que tous les collectivistes n’ont pas suivi Granger dans cette voie. Mais ceux qui ne l’ont pas fait, ne se sont pas préoccupés de résoudre le problème, ou bien ont proposé simplement cette solution : les fonctions désertées, parce que pénibles, seraient remplies par:les condamnés de droit commun. Qu'il nous
(5) « A chacun selon son Travail », p. 54.
LRO
soit permis dans ce cas d’augurer bien mal d’un régime où les prisonniers seraient assez nombreux pour remplir toutes les besognes offrant un caractère quelconque de pénibilité !
Le plus décevant peut-être est de songer que tant de sacrifices et d’abandons consentis par les doctrinaires du collectivisme ne parviennent même pas à rendre celui-ci théoriquement viable.
L’adaptation de la production aux besoins n’est pas réalisée par le fait seul que les individus sont convenablement répartis entre les professions à un moment donné. Il est encore nécessaire que d’une manière durable les ressources de la production satisfassent les besoins de la consommation.
La production est bien entendu réglée par l'Etat qui en est le seul maître. Cet Etat devra donc posséder des bureaux de statistique organisés d’une manière particulièrement attentive et dirigés par des individus d'élite. Quels que puissent être cependant les soins pris, des erreurs d’appréciation se produiront, l’homme si bien renseigné soit-il ne se transformant jamais en devin. Il est du reste des causes d'erreur imprévisibles en l’état actuel de la science : un printemps rigoureux, un été qui tarde à paraître, et il se trouve qu’on a fabriqué trop de chapeaux de paille, tandis qu’au contraire, on n’a pas assez extrait de charbon.
À supposer que le régime collectiviste possède la vertu, par un miraculeux développement de la science, de per-